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moins consulter la Fée Bonine sur une affaire auffi délicate, & d'où dépend le repos de vos jours.

Que dis tu ma Céliane, reprit la Princesse? Oublies tu le íilence qui m'a été impoíé? Peut-être même qu'en ce moment j'offense mon époux en osant te confier mon secret. Hélas! il doit me pardonner ce foible soulagement. Au reste, quand je n'aurois pas fait vœu de lui sacrifier mon repos, quelle preuve aurois-je pu donner de la vérité de mon aventure? J'aurois risqué ma vie, & perdu tout espoir de revoir mon Prince. D'ailleurs tu n'ignores pas l'ennui que j'ai toujours eu a ìa Cour de Penraphile, & cet ennui s'est beaucoup augmenté depuis mon union avec Je Prince des Ondes. Qu'auroisjepu faire à la Cour de Castora, y portant fans ceíse l'image d'un Prince qui fans doute n'approuve aucune de fesLoix? Je caísure que j'aurois toujours vécu dans la douleur &c l'amertume; tu fçais qu'on y est gêné jusques dans fa façon de penser , fans ceíse obsédé par des femmes dont la bigoterie & l'efprit faux rend le commerce insoutenable : ces femmes renonceroient plutôt à fa vie qu'à leurs opinions, elles ne fe plaisent qu'à creuser les fentimens des personnes qu'elles veulent noircir , rien ne manque à leurs portraits, leur feru- .. puleux détail découvre aifôment la main qui a tenu le pinceau ; du moins , dans cette retraite , je jouirai de la douceur de me plaindre, fans craindre la critique de mes ennemies. J'en conviens, Madame, dit Céliaue, mais auífi est-ce la feule liberté qui vous reste; èc ma Princesse ne íçauroit nier que la dissipation ne soit le plus sur remede contre k chagrin , le votre fe nourrit & s'entretient par la solitude. Je ne connois rien de si cruel que-d'être íans ceílè en proie à sadou'leur: mais permetrez-moi , Madame , d'ajouter encore une réflexion sor votre divin époax. S'ii éroit pernais 4e blairer i% conduite des Dieux , j'accuserois d'injustice celui qui est fauteur de vos peines; car enfin, pourquoi vous a-t-il si-tôtabaa* donnée ?une pareille conduite me surprendroit moins de la part d'un Mortel. U est si tare de trouver chez eux un attachement sincere, que j'ai cru jusqu'à présent que la constance etoit une vertu que les Dieux s'étoient réservée; mais votre aventure me fait changer de sentiment, elle me fait voir que, semblables aux hommes , ils se dégoûtent de celie qu'ils ont le plus aimée, fi tot qu'ils ont satisfait leurs desiss.

Ne blâmons point les Dieux, dk Tramarine^ ils ont fans doute leurs raiíons , lorsqu'ils nous font tsentir 'les eUFets de

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