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Le Génie dirigea d'abord sa route du côté du Midi; il s'arrêta dans un endroit oix se donnerent de fréquens combats , qui ne servent souvent qu'à peupler l'Empire des Ondes. Je vois, dit le Prince, que vous regardez avec surprise cette multitude de nouveaux Habitans qui jusqu'alors vous ont été inconnus. Apprenez , ma chere Tramarine , que ces gens que vous voyez arriver à tout instant , font des personnes qui viennent de subir le sort attaché à tous les Mortels, la mort, 8c qu'elles ont été condamnées par le Tout-Puiílànt à demeurer parmi les Ondins pendant un certain nombre d'années , proportionné aux fautes qu'elles ont commises fur la Terre. Quoique je fois déja instruit de leur conduite, je vais néanmoins en interroger quelquesuns , pour vous faire connoître jusqu'où peut aller la méchanceté des hommes qui habitent actuellement fur la Terre.

Le Génie fit en même tems approcher un homme qui paroiílbit vêtu d'une façon singuliere, & lui demanda pourquoi il étoit condamné à boire, pendant cent mille ans, quarante pintes par jour de thé élémentaire. Prince , dit ce misérable, quoique ma* pénitence soir longue, je rends graces au Tout-Puissant de ne

me l'avoir pas donnée plus rigoureuse ; l'espérance que j'ai d'un avenir heureux m'en fait supporter sans murmure la longueur, parce que rien n'est si consolant pour im malheureux que d'être persuadé que ses peines seront un jour changées cn des plaisirs purs & réels , car il semble que l'on anticipe sur son bonheur par la. certitude où l'on est d'y arrives. Voici donc mon histoire eri peu de mots, pour ne point fatiguer l'attention de la Princefle qui vous accompagne.

Elevé aux. premieres dignités de l'Etât, par les bontés d'un grand Monarque qui m'avoit accordé jtoute íà confiance : loin çTemployer mes talens à mériter ses bontés par ma recónnoiílance , 8c un attachement sincere aúx intérêts de mon Maître , Télé vation subite de ma fortune ne fit qu'augmenter mon orgueil. Devenu insolent par le succès de quelques entrepriíes, je crus pouvoir tout hasarder. Je commençai par dit siper les Finances , & je fus ensuite obligé de surcharger le Royaume de dettes onéreuses à l'Etat; pour cacher en quelque forte le mauvais emploi que je faisois des sommes immenses qui se levoient tous les jours fur les Peuples , je suscitai des guerres injustes qui firent perir les plus braves Officiers & les meilleurs Soldats ,

& te répandirent lá désolation dans tous les esprits. J'engageai ensuite le Prince dans de fausses démarches capables d'abaiílèr son pouvoir , parce qu'elles tendoient à augmenter le mien. Une conduite si opposée à la justice du GouY£rnement, m'a enfin attiré la haine publique ; on a approfondi mes démarches , & le Monarque désabusé vient de me faire subir la peine due à mes forfaits.

Tramarine, surpriíe de Tingratitude & de la mauvaise foi de, çe Favori, demanda au Prince si on pouvoit se fier aux discours d'un homme accoutumé depuis si long-tems /. Part. H

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