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prit tout-à-coup toute sa plénitude; leur humiliation disparut ,v lorsqu'ils apprirent qu'il ne falloit pas moins qu'un demi Dieu pour avoir pu remporter d'aussi grandes victoires en fi peu de tems. Ainíi toutes les merveilles que le Prince venoit d'opérer augmenterent de prix à leurs yeux; & cet Etranger , à qui d'abord ils trouvoient humiliant d'obéir , ne pouvoit plus que les combler d'honneur & de gloire, dès qu'il fut reconnu pour le petit-fils du Souverain <les Ondes.

On vit alors briller dans les yeux d'Amasis la joie & la satisfaction , qu'un bonheur fi peu attendu produisit dans son ame , & ce bonheur excita dans son cœur les sentimens de la reconnoiílance la plus parfaite envers les Dieux. Son cœur, déja disposé à l'Amour, lui fit dire au Prince son époux les choíes du monde les plus tendres & les plus ípirituelles; mais je n'entreprendrai point de rapporter cette conversation , qui fut sans doute des plus animées entre deux jeunes cœurs que l'Amour inspire.

Quoique le Roi fût extrêmement fatigué de tous les événemens qui venoient de se succéder, il ne put néanmoins différer plus longtems le plaiíir d'apprendre les aventures du Prince Nubécula; c'est pourquoi il congédia une partîe de sa Cour, 8c rentra dans íon cabinet, suivi de la Reine, des jeunes époux, & < des Corybantes les plus élevées en dignité. Vous ne devez pas trouver extraordinaire, dit ce Monarque, en s'adreííant au Prince Nubécula , l'empreílèment que j'ai d'apprendre les moindres circonstances de la vie d'un Prince tel que vous; ne différez donc pas d'un inítant de m'en instruire.

À cet ordre le Prince ne put s'empêcher de íoupirer; il regarde Amafis d'un air passionné, Sc elle connoît, par ce regard , combien il est fâché d'être obligé de retarder l'instant de son bonheur en cédant à l'empressement de sa Ma

jesté : mais un sourire d'Amafis , semblable à celui de l'Amour , parut le consoler & Tin virer en même tems de satisfaire promptement les defirs du Roi son pere; il commença donc ainsi son histoire qu'il finit en peu de mots.

A l'instant de ma naiílànce, je fus remis entre les mains d'un fameux Magicien, lequel, contraint par une Puiílance íupérieure de ne point user sur moi de son pouvoir, m'abandonna à un Faune qui prie foin de mon enfance. Ce Faune habitoit une caverne proche le Temple de Cérès, & , dès l'âge de quatre ans, il me consacra à la Déesse pour servir au culte de ses Autels.. A-peine eus-je atteint ma quinzieme année, que je me íentis pénétré d'une fureur poétique. Animé de l'esprit du Dieu ^ui me protège , je prononçai plusieurs Oracles , & passai quelques années dans cette occupation; mais la Prêtresse me faisont un jour approcher de son antre : O jeune homme , me dit-elle dans un de íes enthousiaímes que la Déesse avoit coutume d'exciter en elle, apprends que tu dois êtrele plus vaillant d'entre les Mortels , il est tems de quitter ce íéjour pour aller signaler ton courage, mille exploits divers vont être offerts à ta valeur; vas , le Dieu qui te protège prendra foin de ta gloire, &

ton

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