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fessent assez peu à mon sort pour n'oser former le deííèin de me délivrer de ma captivité; je ne pouvois donc qu'exhorter la Reine à souffrir constamment des peines qu'elle ne pouvoit éviter.

Peneanaldon , qui ne vouloir pàs s'éloigner de la Reine , donna ordre à ses Généraux de s'emparer de toute la Lydie; ce qu'ils exécutereni; en deux campagnes, personne ne s'oppoíantà leurs rapides conquêtesî J'appris ces fâcheuses nouvelles, avec celles que mes Peuples s'étoient rendus, fans aucune réíistance, à mon perfide Tyran ; èc ce qui mit le comble à mon désespoir, fut la perte des deux jeunes Prin//. Part. ' B

ces que j'avois laisses dans mon Palais sous la coaduite de leur Gouverneur, hommedont la probité metoit connue, Je redoutois , avec raison , les cruautés de cet ennemi de l'humanité : mais voici le dernier coup de fa perfidie.

La Reine , qui étott enceinte lorsqu'on nous, fit prisonniers, avoit caché, avec un foin extrême , l'état où elle étoit. Célinde , celle de ses femmes dans laquelle elle avoit le plus- de confiance , s'offrit à la délivrer d'une Princesse qu'elle se disposoit de soustraire aux yeux du cruel Pencanaldón , lorsqu'il entra inopinément dans l'appartement de la Reine, où, se saisisíant de cette innocente victime, il l'emporta lui-même pour la donner à sa fille, nommée Argiliane , avec ordre de la faire exposer dans la Forêt à la voracité des bêtes féroces. Argiliane, frémissant d'un Arrêt íi inhumain , loin d'obéir aux ordres de íon pere, conduisit (étale la petite Priaceílè dans l'iste Craintive: cette ifle lui avoit été donnée pour son apanage , avec 1c pouvoir de commander. Après avoir doué cet enfant de toutes les perfections íniaginabltes, elle lui donna le nom de Brillante; &, pour la fout traife aux recherches de Pencanaldon , au cas qu'il vînt à découvrir sa désobéiflance ,

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elle la déposa entre les mains de la femme d'un Berger pour la nourrir, lui recommandant fur toutes choses de ne la laiílèr voir à personne fous quelque pretexte que ce fût.

La Reine apprit que la Princesse Argiliane s'étoit chargée de fa fille. Elle la connoiflòit pour une grande Magicienne, mais elle ignoroit que cette Princesse ne s'appliquoit à letude des Sciences , &L íur-tout à celle de la Chiromance, que pour faire le bien, & dans la vue d'arrêter les injustices &C les cruautés de son pere. CHceria, dont les maux augmentoient chaque jour, ordonna à Célinde, femme d'un trèsgrand génie, d'employer tous ses soins pour parvenir jusqu'à la Princesse. Célinde, remplie de zele pour le service de sa Maîtresse, s'insinua avec beaucoup d'adreste auprès d'Argiliane ; elle eut l'art de gagner sa confiance', & lui peignit les malheurs de la Reine avec des traits si touchans qu'elle l'attendrit en fa faveur , &. l'engagea enfin à s'intéreiïer vivement pour cette infortunée Princesse. Argiliane, dont le Cœur étoit excellent, gémis soit tous les jours, fans oser le faire connoître , fur la conduite barbare du Roi son pere; c'est: pourquoi elle se détermina aisément à favoriíer de tout son pouvoir une Reine oppiimée, en lui procurant mille

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