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elle craígnoit que cette jeune Princesse,dont le cœur lui paroiílbít dispoíe à la tendreíle , ne vînt à Former quelque engagement qui pourroit par la suite troubler son repos. C'est: pourquoi elle commença à l'entretenir des désordres que l'Amour causoit dans tous les # cœurs :Vous devez, ma chere Brillante , dit Argiliane dans sa derniere conversation, vous tenir toujours en garde contre les attaques des hommes qui r la plupart, ne chercheront qu'à séduire votre cœur ^ conservez cette pudeur qui est le plus précieux attribut de notre sexe, elle doit toujours être la gardienne fidele de la pureté de i'ame. Gardez-vous de fa

crífier à l'Amour ce que vous avez de plus cher : l'Amour est: un Dieu inquiet, perfide , tumultueux , &c qui n'a de conítance que dans sa-légèreté; ce Dieu fe fait un jeu cruel des malheurs òc du déíespoir de ceux qui suivent fes Loix ; fouvent on le voit- brouiller l'Amant avec l'Amante , & foulever l'ami le plus tendre contre celui qu'il aime le mieux ^ Jes fureurs que l'Amour inspire ne reconnoiílent ni le rang, ni le devoir , ni la na* ture; il nrest rien de sacré pour lui , fur-tout loríque la jalousie ou la vengeance l'animent , ôc ce n'est qu'en le fuyant qu'on peut éviter ces maux.

N'oubliez pas, ma chere Brillante , ajouta la Princesse , les avis que je vous donne , le tems approche où ce Dieu cherchera à vous séduire, il n'est point de forme qu'il ne íçache prendre pour y parvenir; car , loríqu'il a entrepris deplaire, il paroît charmant &. rempli d'attraits qui ne fervent qu'à subjuguer la raison: le defir bL la volupté marchent sur ses pas, l'espérance l'accompagne presque toujours , & il semble ne faire íon bonheur que de la félicité des Mortels. Vous ne devez pas à-présent vous y laiíser surprendre, après le portrait que je vous en fais.

C'étoit par de semblables instructions qu'Argiliane s'efsorçoit de faire goûter à Brillante les douceurs dont on jouit dans un état tranquille; mais la jeunesse ne cherche que le plaisir, la solitude l'ennuie, & ce n'est que l'âge & les réflexions qui puiílent lui faire goûter les conseils de la raison.

Brillante commençoit à sentir l'ennui, &. son cœur lui di-, soit qu'il étoitdes plaisirs qu'elle pouvoit goûter \ déja elle formoit des desirs sans sçavoir sur quoi les fixer, & des fou

Î'irs échappés firent craindre à a Princesse qu'elle ne formât quelque inclination indigne du sang qui l'avoit formée : c'est pourquoi elle lui fit entendre , avant de la quitter , que le Ciel I'avoit fait naître fort audeílus de l'état dans lequel elle étoit élevée, & lui promit de lui découvrir le mystere de fa naissance à leur premiere entrevue.

Brillante , élevée comme simple fille de Berger , fut néanmoins peu surprise des ouvertures qu'Argiliane venoit de lui faire fur sa naiílance ; la nobleílè de íon ame l'avoit fans doute avertie qu'un sang illustre devoir couler dans ses veines &c animer toutes ses actions. L'impatience qu'elle eut d'apprendre à qui elle devoit le jour, lui fit desirer de revoir bientôt la Princesse; &, comme si ce desir eût dû avancer son retour, elle ne manquoit

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