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Í)lus d'aller se promener tous es jours à l'entrée d'une Forêt, par où la Princesse Argiliane avoit coutume de paflèr pour se rendre à son Palais.

Un jour Brillante , se trouvant beaucoup plus agitée qu'à l'ordinaire, n'avoit pû prendre aucun repos pendant ia nuit , ce qui lui fit devancer l'Aurore pour se rendre à l'entrée de la Forêt. A-peine y fut-elle arrivée, qu'elle apperçut de loin un équipage dont l'éclat la surprit, & sixa en même tems toute son attention. C'étoit une calèche doublée de satin, & piquée avec des odeurs les plus agréables : Pimpériale de cette calèche formoit un tableau qui représentoit la

Déesse Vénus, couchée nonchalamment fur un lit d<? fleurs, la tête appuyée fur les genoux du Dieu Mars, regardant lesGracesqui paroiíloient occupées à former des couronnes de myrte, pour en orner la tête de ces heureux Amans; on voyoit, au derriere de la calèche , le Berger Paris choisir Vénus entre les trois Déesses, pour lui présenter la pomme; les côtés repréfentoient les différens attributs de la Déesse.

L'Amour, assis au fond de cetre admirable voiture , paroissoit distrait & rêveur, la tête un peu penchée à droire fur la Modestie, regardant, avec indifférence, la Faveur qui étoit assise à sa gauche; la Jouiílànce, d'un air soumis, se tenoit auprès de l'Amour, & íembloit lui demander qu'il daignât la favoriser; les Graces étoient fur le devant, l'une tenoit le carquois & les flèches dorées de ce Dieu, & les deux autres folâtroient avec lui, ne paroiílant s'occuper qu'à lui faire des niches , afin de lui rendre fa belle humeur; l'heure du Berger fervoitde Postillon, & tendit les rênes de huit Cygnes plus blancs que la neige; les jeux, les ris &c les plaisirs, enrouroient cette charmante calèche.

C'étoit Péquipage de Vénus que PAmour avoit pris avec toute fa Suite, pour faire une

partie dans fa nouvelle petire maison; mais cette Suite ignoroit encore quelle devoit être l'Héroïne d'une Fête que l'Amour préparoit depuis longtems : car, depuis la brûlure que lui fit Psyché par son indiscrette curiosité , on n'avoit point entendu dire que ce Dieu eût eu d'autre Maîtreíle; on dit même que, dans la douleur qu'il ressentit, il jura fort en colere, ce ne fut pas par le Styx, de ne jamais ^'attacher à personne. Mais , peuton fe fier aux fermens d'un Dieu qui met toute fa gloire à les rendre vains?

Quoique l'Amour fût alors occupé de Brillante , & que cet appareil du Dieu, vainqueur de tout ce qui respire, ne fût préparé que pour elle; comme il ne s'attendoit point à la voir paroître avec r Aurore, ce Dieu ne put s'empêcher de rougir, la prenant d'abord pour fa mere. Mais il fut bientôt détrompé en la regardant : son air modeste lui donna beaucoup d'émotion, il fit arrêter son équipage lorsqu'il fut près d'elle, en descendit avec précipitation, puis s'approcha d'un air timide, n'oí'ant preíque lever les yeux fur la jeune Princeíse , qui n'étoit occupée qu'à admirer le brillant ípectacle qui s'offroit à ses regards ; ce qui fit qu'elle ne s'apperçut pas que l'Amour étoit à ses pieds en

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