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GERMANIQUE

PUBLIÉE PAR

MM. CH. DoLLFUs ET A. NEFFTZER

AVEC LE C0NC0URS DE MESSIEURS

· PHILARÈTE CHASLES, C. DARESTE, ÉoÉLEsTAND DUMÉRIL,
MAURICE HARTMANN, É. LABOULAYE (de l'Institut), LITTRÉ (de l'Institut),
A. MAURY (de l'Institut), P. MÉRIMÉE, RENAN (de l'Institut),
DE ROUGÉ (de l'Institut), L. RATISBONNE, C. DE SAULT,
DANIEL STERN, H. TAINE, ETc., ETC.

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67, RUE RICHELIEU

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L'échange est à la fois la condition et le résultat du progrès. Du monde inorganique à l'homme et de l'homme à l'humanité, les sciences naturelles et l'histoire constatent un développement successif de l'échange entre des existences toujours plus richement douées pour participer à la vie collective, la ressentir en elles, la manifester au dehors et la développer. L'observation nous montre la nature ne for- . mant d'abord que des associations imparfaites et transitoires, pour arriver ensuite à grouper, dans une progression constante et sous la puissance d'une énergie centralisatrice, les existences # dont elle dispose et qu'elle transforme, développant ainsi la longue | # série de ses créations, et manifestant dans la variété infinie des moyens et des résultats l'identité de son action essentielle. L'humanité déroule un spectacle analogue aux yeux de l'historien, ce naturaliste du monde de la pensée, et la constitution de l'univers moral nous révèle la même loi de progression, le même principe générateur que la formation de l'univers physique. La sociabilité crée celui-là, comme l'affinité moléculaire a créé celui-ci. Les individus se sont groupés en familles, les familles en tribus, les tribus en peuplades, les peuplades en nations. Familles, tribus, peuplades et nations, autant de multiples de l'homme engendrés l'un par l'autre, et d'où sortira le dernier multiple, l'association des peuples, la grande société humaine, fonction souveraine , de l'échange où viendront concourir toutes les autres, de même que i s'unissent toutes les fonctions et toutes les forces de l'organisme individuel dans la fonction collective et synthétique de la vie. La civilisation suprême sera la solidarité suprême.

ToME I. 31 JANvIER 1858. 1

Quel esprit ne s'ouvrirait au pressentiment d'un avenir mouveau devant cette sublime conspiration pour la paix qui gagne les peuples de proche en proche ? Tous les obstacles ne sont pas encore vaincus, mais les nations tendent visiblement à se grouper autour d'un intérêt collectif, et à mettre leur honneur, non plus à s'amoindrir mutuellement, mais à augmenter les bénéfices d'une existence solidaire, par une plus large expansion à leur vie de relation, en même temps que par la mutuelle garantie de la possession plus étendue et plus stable de leur énergie personnelle. L'harmonie des intérêts, des besoins et des idées tend à se fonder. Elle cherche encore sa formule définitive : elle la . trouvera. Nous sentons aujourd'hui vivement en nous cette grande idée de l'association universelle, qui a poussé comme un instinct confus les peuples dans leur voie, et sur plus d'un point nous voyons surgir les ébauches de son organisation future. Le monde ancien ne connaissait d'autre instrument d'union que la conquête; le monde moderne en possède que la science lui a donnés, et dont il apprend chaque jour à se servir plus efficacement. Dès sa naissance, il eut l'imprimerie. Aujourd'hui, les forces naturelles lui sont soumises, la vapeur et l'électricité lui obéissent. Que sont, et surtout que seront les frontières avec les chemins de fer et avec le télégraphe électrique ? Déjà l'industrie et le commerce, centuplés dans leur force par ces prodigieux auxiliaires, enveloppent les nations du réseau compliqué des intérêts, et, prise dans ce réseau chaque jour plus inextricable, déjà la guerre agonise. Le rêve honni de l'abbé de Saint-Pierre est devenu l'espérance de tous et la certitude des penseurs.

On a parfois manifesté la crainte que le rapprochement plus intime et la pénétration réciproque des peuples ne portassent atteinte à l'intégrité de leur génie personnel, et n'amenassent, au lieu d'un développement, un amoindrissement de leur existence.Alors même qu'il en pourrait être ainsi, il n'en faudrait pas moins subir la loi évidente de l'évolution humaine, et se consoleren pensant que, si les peuples sont peut-être appelés à se transformer par l'association, ils sont assurés de se perdre par l'isolement; car se mettre hors de l'association, c'est se mettre hors la loi humaine. Individu ou peuple, on tente vainement de ne vivre que de soi. L'heure vient où s'épuise la séve que l'on tirait de son propre sein ; la source de vie ne jaillit plus des entrailles desséchées; il faut mourir, et mourir seul.... D'ailleurs, l'individu ne s'est point dégradé en passant de l'isolement à la vie collective, de l'état sauvage à l'état civilisé : il s'est élevé. Comment en serait-il différemment des peuples, ces individualités collectives? L'originalité vraie ne consiste pas à offrir le moins de prise possible au monde extérieur, et à se maintenir immuable et intangible au milieu du mouvement des choses, des hommes et des idées; les véritables grands hommes présentent au contraire, avec un grand relief de personnalité, quelque chose d'impersonnel et de général par où ils s'identifient avec leur époque, leur pays, et parfois avec le genre humain tout entier. Ils plongent profondément dans le milieu social qui les entoure, ramènent à eux et concentrent les rayons de vie qui s'y trouvent répandus, pour les réfléchir avec une intensité nouvelle de chaleur et de lumière. Il n'en est pas différemment des peuples. Les plus grands sont ceux qui possèdent la puissance la plus grande pour recueillir, partout où ils les trouvent, les éléments du progrès, et les restituer au monde sous une forme plus générale, après les avoir fait passer au creuset de leur génie civilisateur.Telle semble être la fonction départie par excellence à la France et à l'Allemagne. Elles ont la gloire des deux grandes batailles gagnées par l'esprit moderne, la réforme ! et la révolution. Wicleff, Arnaud de Brescia, Savonarole ont précédé Luther, comme la révolution anglaise a précédé la révolution française. Mais la réforme, demandée partout, n'a pu être réalisée que par l'esprit germanique; la révolution anglaise n'a été qu'un fait particulier, la révolution française a été un fait général. L'Allemagne, au seizième siècle, et la France, au dix-huitième, se sont levées pour le monde en même temps que pour elles-mêmes, et c'est la généralité de leur œuvre qui en fait la grandeur. Leur double victoire domine et constitue l'histoire moderne. La réforme a été la révolution de la pensée, et la révolution la réforme des choses. Le peuple qui, seul, les eût accomplies toutes deux, eût été la synthèse évidente de l'esprit moderne. La France et l'Allemagne se complètent donc réciproquement, et si tout échange est utile, si toute communion est féconde, c'est manifestement entre elles que peuvent s'établir le plus utile des échanges et la plus féconde des communions.

L'Allemagne a depuis longtemps pris les devants, et ce n'est pas un des caractères les moins singuliers de cette nation d'avoir, avec un fonds personnel aussi riche, constamment offert un si facile accueil aux idées et aux influences étrangères. Sa passion est de tout traduire et de tout s'assimiler. Les Allemands sont les plus laborieux, et, par les qualités et les défauts de leur langue, les meilleurs et les plus heureux traducteurs du monde. La langue allemande a la faculté de l

se mouler sur toutes les formes étrangères, et d'en garder exactement

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