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Saturni gentem..., et surtout par la tradition qui unit les deux peuples, et que Latinus se plaît à développer, memini..., his ortus ut agris Dardanus..., hinc illum Corythi...: nous serons moins surpris de la prompte résolution que le roi prendra aussitôt après le discours d'Ilionée. — La première fois que Latinus paraît sur la scène , il ne fallait pas lui prêter une majesté qu'il ne doit pas soutenir. Excepté les deux derniers vers, son ton et ses paroles annoncent plutôt la bonté qne la grandeur : ce sera le caractère de tous les discours qu'il prononcera. Les Troyens pourraient bien n'être, aux yeux des Latins, que de misérables bannis qui viennent implorer un asile. Le ton général du discours d'Ilionée soutient la dignité de leur caractère : c'est surtout l'intention bien marquée des quinze premiers vers. Latinus demandait la raison qui conduit les Troyens sur ce rivage, 1° sive errore viœ, seu tempestatibus acti : Ilionée répond à la seconde question, nec fluctibus actos atra subegit hiems..., à la première, mec sidus regione viae littusve fefellit; ce rapprochement fait encore mieux sentir l'élévation poétique de la réponse. Le vers suivant exclut positivement toute idée de hasard, consilio... omnes , animisque volentibus... Ce serait le moment d'exposer la demande, s'il ne fallait pas auparavant détruire l'opinion qu'on pouvait se former d'un peuple fugitif. Ce simple aveu, pulsi regnis, est aussitôt relevé par l'emphase des mots suivants, quœ maxima quondam extremo veniens sol aspiciebat Olympo. Peut-on donner une plus haute idée de la nation et de son chef, ab Jove principium

(Qualia multa mari nautae patiuntur in alto),
Fluminis intrâstis ripas, portuque sedetis,
Ne fugite hospitium, neve ignorate Latinos,
Saturni gentem, haud vinclo nec legibus aequam,
Sponte suà, veterisque dei se more tenentem.
Atque equidem memini (fama est obscurior annis)
Auruncos ita ferre senes, his ortus ut agris
Dardanus Idaeas Phrygiae penetrârit ad urbes,
Threiciamque Samum, quae nunc Samothracia fertur.
Hinc illum Corythi Thyrrenà ab sede profectum
Aurea nunc solio stellantis regia cœli
Accipit, et numerum Divorum altaribus auget. »
Dixerat ; et dicta Ilioneus sic voce secutus :
« Rex, genus egregium Fauni, nec fluctibus actos
Atra subegit hiems vestris succedere terris,
Nec sidus regione viae littusve fefellit :
Consilio hanc omnes animisque volentibus urbem
Afferimur, pulsi regnis, quae maxima quondam
Extremo veniens sol adspiciebat Olympo.
Ab Jove principium generis; Jove Dardana pubes

generis, Jove Dardana pubes gaudet avo, Jovis de gente supremâ Troius AEneas ? La défaveur ou la honte attachée à la défaite disparaît sous la grandeur et l'énergie des images qui rappellent cette lutte épouvantable, quanta tempestas , sœvis effusa Mycenis per Idœos campos..., orbis uterque, quibus fatis concurrerit. Enfin pour annoncer que le bruit en est parvenu aux extrémités de l'univers, quelles images, quelle poésie dans l'expression du plus grand éloignement vers le nord ou le couchant, si quem tellus extrema refuso submovet Oceano, vers le midi, si quem extenta plagarum quattuor in medio, et cependant quels obstacles devaient arrêter la renommée, refuso Oceano submovet, dirimit plaga solis iniqui ! — Maintenant Ilionée peut exposer le sujet de l'ambassade. Y a-t-il une demande plus digne d'être écoutée, dis patriis, plus facile à satisfaire, sedem exiguam , littus innocuum , cunctis undamque auramque patentem ? Remarquez la modestie de la tournure négative, non erimus regno indecores... nec Trojam excepisse pigebit. Ce serment, fata per AEneae juro dextramque potentem, sive fide, seu bello..., la réflexion, ne temne quod.... prœferimus... vittas..., cette manière heureuse de faire valoir sans bravade la valeur et la puissance, ajoute à l'effet de la pensée principale, multi nos populi, multae... et petiére sibi...; et cette pensée elle-même fait ressortir la raison qui conduit les Troyens dans le Latium, sed nos fata Deûm..., jussis ingentibus urget Apollo : ces mots en augmentent la vraisemblance, hinc Dardanus ortus hùc repetit. - Dans les derniers vers, même dignité,

Gaudet avo; rex, ipse Jovis de gente supremà,
Troius AEneas tua nos ad limina misit.
Quanta per Idaeos saevis effusa Mycenis
Tempestas ierit campos, quibus actus uterque
Europae atque Asiae fatis concurrerit orbis,
Audiit, et si quem tellus extrema refuso
Submovet Oceano, et si quem extenta plagarûm
Quattuor in medio dirimit plaga solis iniqui.
Diluvio ex illo tot vasta per aequora vecti,
Dis sedem exiguam patriis littusque rogamus
Innocuum, et cunctis undamque auramque patentem,
Non erimus regno indecores ; nec vestra feretur
Fama levis, tantique abolescet gratia facti ;
Nec Trojam Ausonios gremio excepisse pigebit.
Fata per AEneae juro, dextramque potentem,
Sive fide, seu quis bello est expertus et armis,
Multi nos populi, multae (ne temne quòd ultro
Praeferimus manibus vittas ac verba precantum)
Et petiêre sibi et voluêre adjungere gentes :
Sed nos fata Deûm vestras exquirere terras
Imperiis egêre suis, Hinc Dardanus ortus,

exacte observation des convenances : les noms d'Anchise et de Priam ajoutent à l'importance des présents offerts par le pieux Troyen au vieux roi Latinus. Non content d'accueillir les Troyens dans son royaume, Latinus propose à Énée la main de sa fille. En admettant que dès lors il puisse songer à cette union, ne serait-il pas convenable et même naturel d'attendre au moins l'arrivée du héros, qu'il n'a jamais vu ? Virgile tâche de justifier cet empressement du vieux roi. Nous avons remarqué le but et l'effet de son premier discours : maintenant voyez cette attitude de la réflexion, defixa... obtutu tenet ora, soloque immobilis hœret, intentos volvens oculos , connubio natœ... moratur. Le poëte semble nous faire penser avec Latinus, et reconnaître avec lui l'époux destiné à Lavinie, hunc illum fatis... portendi generum...: enfin la gloire de sa postérité, hinc progeniem..., totum quœ viribus occupet orbem; et alors il n'hésite plus, tandèm lœtus ait... Dans le discours, Virgile rappelle encore l'oracle de Faune, et présente sous une autre forme les raisons de Latinus, est mihi nata... Cependant malgré les efforts et l'adresse du poëte, le lecteur pensera toujours que le roi pouvait

Huc repetit; jussisque ingentibus urget Apollo
Tyrrhenum ad Thybrim, et fontis vada sacra Numici,
Dat tibi praeterea fortunae parva prioris
Munera, relliquias Trojà ex ardente receptas.
Hoc pater Anchises auro libabat ad aras ;
Hoc Priami gestamen erat, quum jura vocatis
More daret populis, sceptrumque, sacerque tiaras,
Iliadumque labor, vestes. »
Talibus Ilionei dictis defixa Latinus
Obtutu tenet ora, soloque immobilis haeret,
Intentos volvens oculos; nec purpura regem
Picta movet, mec sceptra movent Priameia tantùm
Quantùm in connubio natae thalamoque moratur,
Et veteris Fauni volvit sub pectore sortem.
Hunc illum fatis externâ ab sede profectum
Portendi generum, paribusque in regna vocari
Auspiciis ; huic progeniem virtute futuram
Egregiam, et totum quae viribus occupet orbem.
Tandem laetus ait : « Dî nostra incepta secundent,
Auguriumque suum ! Dabitur, Trojane, quod optas.
Munera nec sperno : non vobis, rege Latino,
Divitis uber agri Trojaeve opulentia deerit.
Ipse modò AEneas (nostri si tanta cupido est,
Si jungi hospitio properat, sociusque vocari)
Adveniat, vultus neve exhorrescat amicos :
Pars mihi pacis erit dextram tetigisse tyranni.
Vos contrà regi mea nunc mandata referte.
Est mihi nata, viro gentis quam jungere nostrae

sans risque attendre quelques jours, et l'on aperçoit trop le besoin de ne pas différer la proposition.Au reste, dans le ton du discours, et surtout dans le style coupé du début, dans ce mélange d'expressions nobles et familières, vous reconnaissez le caractère de Latinus.

Les cent coursiers choisis dans les haras du roi, ce genre de présent qu'on ne fait point à un peuple ennemi, confirme les promesses du roi des Latins et l'assurance de la paix. C'est d'ailleurs un moyen de terminer le récit avec une magnificence digne de l'ambassade. Ces trois vers resplendissent de l'éclat de la pourpre et de l'or, instratos ostro..., fulvum mandunt aurum. Remarquez l'expression poétique et merveilleuse de l'ardeur et de la légèreté des coursiers destinés au héros , semine ab œthereo..., Circe... nothos furata... Enfin les derniers mots et le résultat de l'action présentent la situation des Troyens sous l'aspect le plus favorable, talibus donis..., pacemque reportant. Nous ne voyons plus en eux qu'un peuple ami des Latins, et dans Énée que l'époux destiné à Lavinie par Latinus lui-même. \

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Les passions et l'intérêt d'Amate et de Turnus suffiraient à l'historien pour soulever les peuples d'Italie : sous la main du poëte, ce récit va s'embellir des merveilles de l'épopée.

Depuis la fin du cinquième livre, la protection de Neptune a préservé les Troyens des fureurs de Junon : mais au moment où ils se croient parvenus au terme de leurs travaux, nous voyons tout à coup reparaître l'implacable déesse, ecce autem.,. sœva

Non patrio ex adyto sortes, non plurima cœlo
Monstra sinunt : generos externis affore ab oris,
Hoc Latio restare canunt, qui sanguine nostrum
Nomen in astra ferant : hunc illum poscere fata
Et reor, et, si quid veri mens augurat, opto. »
Haec effatus, equos numero pater eligit omni.
Stabant ter centum nitidi in praesepibus altis :
Omnibus extemplo Teucris jubet ordine duci
Instratos ostro alipedes pictisque tapetis ;
Aurea pectoribus demissa monilia pendent :
Tecti auro, fulvum mandunt sub dentibus aurum.
Absenti MEneae currum geminosque jugales
Semine ab aethereo, spirantes naribus ignem,
Illorum de gente, patri quos daedala Circe
Supposità de matre nothos furata creavit.
Talibus AEneadae donis dictisque Latini
Sublimes in equis redeunt pacemque reportant.
Ecce autem Inachiis sese referebat ab Argis

Jovis conjux... Cé qui frappe d'abord, c'est la ressemblance de cette situation avec celle du premier livre : la répétition d'une scène aussi remarquable peut à peine être excusée par les nouvelles beautés qu'elle fait naître. La brièveté et les proportions du premier récit n'avaient pas permis de peindre avec autant de détails et de grandeur la position de Junon, auras invecta tenebat, ex œthere longè..., prospexit ab usque Pachyno. Peut-on mieux motiver son dépit, laetum AEnean, moliri jam tecta, jam fidere terrae ? On sent l'énergie de stetit acri fixa dolore, et l'accord de quassans caput avec les mouvements des paroles suivantes, heu l stirpem invisam ! — Dans le premier monologue, Junon n'exprimait que d'une manière générale l'inutilité de ses efforts, mene incepto desistere victam. Maintenant que de nouveaux affronts ont encore accru son dépit et sa fureur, elle les repasse tous dans l'amertume de son âme. Après l'expression générale, fatis nostris contraria fata Phrygum, la pensée se développe. 1° Le siége, la prise, et l'incendie de Troie, num Sigeis occumbere campis, num capti potuére capi, num incensa cremavit Troja viros ? Quelle concision, quelle beauté dans les trois interrogations suivies de cette réponse désespérante, per medias acies, per medios ignes invenére viam ! (ce n'est pas, malgré l'énergie de l'expression, que nous approuvions le jeu de mot emprunté à Ennius, capti capi). Quelle rage dans le calme ironique de la déesse raisonnant avec elle-même sur l'impuissance de sa divinité et de sa haine, at, credo, mea numina tandèm fessa jacent, odiis aut exsaturata quievi ! 2° Le dernier mot, quievi, amène le tableau de ses fureurs depuis la ruine de Troie, quin etiàm..., per undas... : eæcussos au lieu de pulsos, infesta, ausa sequi, font bien sentir à quels excès s'est portée sa haine, dont les détails et la cadence de ce vers, absumptœ in Teucros vires cœlique

Saeva Jovis conjux, aurasque invecta tenebat,
Et laetum MEnean, classemque ex aethere longè
Dardaniam siculo prospexit ab usque Pachyno.
Moliri jam tecta videt, jam fidere terrae,
Deseruisse rates. Stetit acri fixa dolore ;
Tum quassans caput, haec effundit pectore dicta :
« Heu! stirpem invisam, et fatis contraria nostris
Fata Phrygum ! num Sigeis occumbere campis,
Num capti potuere capi ? num incensa cremavit
Troja viros ? medias acies, mediosque per ignes
Invenêre viam ! At, credo, mea numina tandem
Fessa jacent, odiis aut exsaturata quievi.
Quin etiam patrià excussos infesta per undas
Ausa sequi, et profugis toto me opponere ponto;

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