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fama volat, furiis accensaspectore matres, idem omnes simùl ardor agit. Quelques images nous transportent au milieu de la scène, ventis dant colla comasque, tremulis ululatibus, pampineas hastas. Remarquez celle qui fixe nos regards sur Amate elle-même, ipsa inter medias flagrantem fervida pinum sustinet. Comme ces mots animent sa figure, sanguineam torquens aciem, torvùmque repentè... l Et quelle énergie le tableau communique à ses paroles, où l'intérêt maternel se joint à la fureur des Bacchantes, Io, matres..., si juris materni cura remordet, solvite crinales vittas... ! Plus de détails et de plus longs discours ôteraient à l'action cette vivacité de traits et de couleurs qui ne laisse pas de repos à l'imagination. Amate parvient à faire de sa cause la cause de toutes les

mères : nous les verrons plus loin pousser leurs époux et leurs fils à la guerre.

Comme Turnus ne doit pas, sans motifs certains et sur la foi d'un songe, s'embraser de la fureur des combats, nous apprendrons qu'il connaissait déjà l'arrivée des Troyens et les projets de Latinus. Mais Alecton, qui ne sait pas si la nouvelle est parvenue jusqu'à lui, doit commencer par l'en instruire. Son déguisement, sous la figure d'une prêtresse de Junon protectrice de Turnus, est un moyen vraisemblable. Le poëte conserve à la furie les formes

Te lustrare choro, sacrum tibi pascere crinem.
Fama volat ; furiisque accensas pectore matres
Idem omnes simul ardor agit nova quaerere tecta :
Deseruêre domos; ventis dant colla comasque ;
Ast aliae tremulis ululatibus aethera complent,
Pampineasque gerunt incinctae pellibus hastas.
Ipsa inter medias flagrantem fervida pinum
Sustinet, ac natae Turnique canit hymenaeos,
Sanguineam torquens aciem, torvùmque repentè
Clamat : « Io, matres, audite, ubi quaeque, Latinae,
Si qua piis animis manet infelicis Amatae
Gratia, si juris materni cura remordet ;
Solvite crinales vittas, capite Orgia mecum. »
Talem inter sylvas, inter deserta ferarum,
Reginam Allecto stimulis agit undique Bacchi.
Postquam visa satis primos acuisse furores,
Consiliumque omnemque domum vertisse Latini,
Protinus hinc fuscis tristis dea tollitur alis
Audacis Rutuli ad muros, quam dicitur urbem
Acrisioneis Danae fundàsse colonis,
Praecipiti delata Noto : locus Ardea quondam
Dictus avis ; et nunc magnum manet Ardea nomen ;
Sed fortuna fuit. Tectis hic Turnus in altis
Jam mediam nigrà carpebat nocte quietem.
Allecto torvam faciem et furialia membra

de la laideur, in vultus sese transformat aniles, et frontem obscenam rugis arat. Après l'expression générale de l'injustice et de l'ingratitude, tot incassum fusos patiere labores, chaque détail renferme un trait qui doit aller au cœur du héros, tua sceptra, Dardaniis colonis transcribi, tibi... quœsitas sanguine dotes abnegat, externus quœritur hœres. Quelle énergie dans ce mouvement, i nunc...-, i..., dans le sourire amer de la furie, ingratis offer te, irrise, periclis, dans cette image éclatante des services oubliés, Tyrrhenas... sterne acies, tege pace Latinos ! Remarquez surtout l'effet que doit produire sur ce cœur ainsi remué l'expression imposante des ordres de Junon, la perspective de la victoire, et la confiance guerrière qui respire dans le dernier vers, sentiat et tandem Turnum experiatur in armis. L'intention d'annoncer que Turnus était instruit de l'arrivée des Troyens se trouve adroitement déguisée sous le besoin qu'il éprouve de répondre à la vieille prêtresse. On sent combien son cœur est blessé, qu'elle l'ait cru endormi dans un lâche repos, non, ut rere, meas effugit nuntius aures, ne tantos mihi finge metus, victa situ verique effeta senectus... Il rejette sur la prêtresse ellemême l'inquiétude et la crainte qu'elle lui suppose, te curis nequid

Exuit ; in vultus sese transformat aniles,
Et frontem obscenam rugis arat ; induit albos
Cum vittà crines ; tum ramum inmectit olivae :
Fit Calybe, Junonis anus templique sacerdos,
Et juveni ante oculos his se cum vocibus offert :
« Turne, tot incassum fusos patiere labores,
Et tua Dardaniis transcribi sceptra colonis ?
Rex tibi conjugium et quaesitas sanguine dotes
Abnegat, externusque in regnum quaeritur haeres !
I nunc, ingratis offer te, irrise, periclis ;
Tyrrhenas, i, sterne acies, tege pace Latinos.
Haec adeò tibi me, placidà quum nocte jaceres,
Ipsa palam fari omnipotens Saturnia jussit.
Quare age, et armari pubem, portisque moveri
Laetus in arma para, et Phrygios, qui flumine pulchro
Consedêre, duces, pictasque exure carinas
Cœlestûm vis magma jubet. Rex ipse Latinus,
Ni dare conjugium et dicto parere fatetur,
Sentiat, et tandem Turnum experiatur in armis. »
Hic juvenis vatem irridens, sic orsa vicissim
Ore refert : « Classes invectas Thybridis undam,
Non, ut rere, meas effugit nuntius aures ;
Ne tantos mihi finge metus : nec regia Juno
Immemor est nostri.
Sed te victa situ verique effeta senectus,
O mater, curis nequidquam exercet, et arma

quàm exercet, vanâ formidine ludit. L'opposition entre arma regum et vatem se développe avec énergie dans les deux vers suivants, cura tibi Divûm effigies..., bella viri pacemque gerant... Il règne dans tout ce discours une sorte de respect et de calme ironique qui en rende encore l'expression plus amère. Alecton devrait se dire que l'outrage ne s'adresse qu'à la prêtresse. Mais une furie raisonne-t-elle, lorsqu'il s'agit de fureur ? La réunion de quelques traits forme un tableau aussi rapide, aussi épouvantable que l'action. Chaque mot, chaque image, les sons mêmes font frémir, tot Erinnys sibilat hydris, geminos erexit crinibus angues, etc. Ne semble-t-il pas qu'on voie grandir le monstre, tantaque se facies aperit ? En rapport avec les principaux détails, l'horrible état de Turnus complète le tableau, juveni oranti subitus tremor..., diriguére oculi, cunctantem et... reppulit, et geminos erexit... En ego produit un effet terrible, et la reprise des expressions mêmes de Turnus, victa situ, verique effeta, devientl'expression la plus énergique de la rage qu'elles ont excitée. A ce ton ironique succède l'effroyable solennité de ce vers, respice ad hœc, adsum Dirarum ab sede sororum, bella manu lethumque gero. Ce n'est plus la fureur progressive d'Amate : nous voyons aussitôt la torche dans le cœur du héros, facem conjecit, et... sub pectore fixit. — A ce réveil subit que peignent le verbe et la coupe, rumpit pa| vor, quel trouble suppose l'état du corps de Turnus, sudor proruptus, toto corpore, perfundit ossaque et artus ! Le premier mot est un cri de guerre, arma amens fremit; la répétition de ce mot, arma toro tectisque requirit, et dans le vers suivant, la même

Regum inter falsà vatem formidine ludit.
Cura tibi divûm effigies et templa tueri ;
Bella viri pacemque gerant, quis bella gerenda. »
Talibus Allecto dictis exarsit in iras.
At juveni oranti subitus tremor occupat artus ;
Diriguêre oculi; tot Erinnys sibilat hydris,
Tantaque se facies aperit! Tum flammea torquens
Lumina, cunctantem et quaerentem dicere plura
Reppulit, et geminos erexit crinibus angues,
Verberaqne insonuit, rabidoque haec addidit ore :
« En ego victa situ, quam veri effeta senectus
Arma inter regum falsà formidine ludit.
Respice ad haec : adsum Dirarum ab sede sororum ;
Bella manu lethumque gero. »
Sic effata, facem juveni conjecit, et atro
Lumine fumantes fixit sub pectore taedas.
Olli somnum ingens rumpit pavor, ossaque et artus
Perfundit toto proruptus corpore sudor.
Arma amens fremit, arma torQ tectisque requirit :

pensée exprimée avec tant d'énergie par sœvit joint à amor ferri, et surtout à scelerata insania belli, tout cela secondé par la rapidité de la cadence, rend d'une manière sublime cette rage subite des combats. Ceux qui reprochent le défaut de noblesse à la comparaison, comme à celle du récit précédent, conviendront du moins que les détails ne présentent aucune idée, aucune image qui rabaisse Turnus, comme celle du tournoiement dégrade la reine. L'expression poétique est pleine de dignité, magno flammarum sonore, exsultant œstu, furit, alte exuberat amnis, volat vapor ater ad auras. Observez l'image variée des mouvements de l'eau qui bout, écume, déborde et s'évapore. Ne pouvant pas animer les Rutules des mêmes passions que leur chef, Virgile y supplée par le sentiment national que leur inspire Turnus lui-même, jubet.... tutari Italiam..., et par la confiance de la victoire, se satis ambobus... venire. Quelques mots suffisent pour annoncer l'enthousiasme guerrier des Rutules : la variété des sentiments exprimés dans les deux derniers vers peint vivement le dévouement général à la personne du héros, h unc decus egregium formae movet, hunc atavi reges, hunc claris dextera factis. Amate doit soulever la ville de Laurente; mais les autres parties du Latium pourraient encore obéir à Latinus. Afin d'enlever aux Troyens toute ressource, la furie appelle aux combats les habitants des campagnes. Virgile donne à ce récit comme aux autres une couleur particulière et conforme au genre des personnages : les détails champêtres forment en outre un contraste plein de charmes avec les

Saevit amor ferri, et scelerata insania belli,
Ira supèr. Magno veluti quum flamma sonore
Virgea suggeritur costis undantis aheni,
Exsultantque aestu latices; furit intus aquae vis,
Fumidus atque altè spumis exuberat amnis ;
Nec jam se capit unda ; volat vapor ater ad auras.
Ergo iter ad regem, pollutà pace, Latinum
Indicit primis juvenum, et jubet arma parari,
Tutari Italiam, detrudere finibus hostem ;
Se satis ambobus Teucrisque venire Latinisque.
Haec ubi dicta dedit, Divosque in vota vocavit,
Certatim sese Rutuli exhortantur in arma.
Hunc decus egregium formae movet atque juventae,
Hunc atavi reges, hunc claris dextera factis.
Dum Turnus Rutulos animis audacibus implet,
Allecto in Teucros Stygiis se concitat alis,
Arte novà, speculata locum quo littore pulcher
Insidiis cursuque feras agitabat lulus.

diverses parties de l'action infernale. Cependant la plupart des critiques reprochent au poëte d'avoir donné pour motifà une guerre aussi importante la mort d'un cerf. Mais cet incident n'est pas la cause de la guerre : au point où nous sommes arrivés, elle est inévitable. La mort du cerf devient seulement la cause du soulèvement des campagnes, et l'occasion du premier combat. Observez d'ailleurs que voulant, sans donner tort aux Troyens, exciter contre eux l'esprit d'une partie du Latium, Virgile ne pouvait pas supposer une action moins coupable. Le poëte nous prépare à la douleur que doit causer la mort du cerf par l'expression élégante et poétique de l'intérêt que lui porte la famille de Tyrrhée. Voyez sa beauté et sa taille, formá prœstanti et cornibus ingens ! Les soins de la jeune Sylvie sont aussi gracieux que touchants, soror omni Sylvia curâ, mollibus... sertis, pectebatque ferum, puroque in fonte lavabat. Il était apprivoisé: peut-on mieux exprimer ou peindre cette idée, assuetum imperiis, manum patiens, mensœ assuetus herili..., ad limina nota ipse domum serâ quamvis se nocte ferebat. Ces derniers mots annoncent que le cerf jouissait de sa liberté : il peut donc être surpris loin de la maison, hunc procul errantem..., et son éloignement se trouve encore justifié par les détails, sluvio quum forte secundo..., œstus... levaret. Enfin n'éprouvons-nous pas un sentiment de pitié pour le cerf blessé et mourant, saucius, cruentus, gemens, imploranti similis, questu tectum omne replebat ? Nous concevons l'effet pro

Hic subitam canibus rabiem Cocytia virgo
Objicit, et noto nares contingit odore,
Ut cervum ardentes agerent : quae prima malorum
Causa fuit, belloque animos accendit agrestes.
Cervus erat formà praestanti et cornibus ingens,
Tyrrhidae pueri quem matris ab ubere raptum
Nutribant, Tyrrheusque pater, cui regia parent
Armenta, et latè custodia credita campi.
Assuetum imperiis soror omni Sylvia curà
Mollibus intexens ornabat cornua sertis,
Pectebatque ferum, puroque in fonte lavabat.
Ille manum patiens, mensaeque assuetus herili,
Errabat sylvis, rursusque ad limina nota
Ipse domum serà quamvis se nocte ferebat.
Hunc procul errantem rabidae venantis Iuli
Commovère canes, fluvio quum fortè secundo
Deflueret, ripâque aestus viridante levaret.
Ipse etiam, eximiae laudis succensus amore,
Ascanius curvo direxit spicula cornu :
Nec dextrae erranti deus abfuit : actaque n1ulto
Perque uterum sonitu, perque ilia venit arundo.
Saucius at quadrupes nota intra tecta refugit,
Successitque gemens stabulis, questuque, cruentus,

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