Imagens das páginas
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et annonce sa présence, la présence du coupable, adsum qui feci, et de nouveau, in me convertite ferrum, mea fraus omnis. Observez la différence qu'établit aussitôt entre le coupable et l'innocent, nihil après omnis, l'énergie des trois négations et chaque verbe, nihil iste, nec ausus, nec potuit. Quelle preuve donnera-t-il ? La plus éloquente, la première, la seule qui se présente, son serment, le ciel qu'il montre , cœlum hoc, les astres qui l'ont vu, conscia sidera. Le crime de Nisus ainsi prouvé, quelle est la faute d'Euryale ? tantùm infelicem nimiùm dilecit amicum. Peut-il en terminant inspirer plus d'intérêt, et mieux toucher les cœurs ?— Remarquez la force de la première ellipse, me, me, le nombre de celles qui suivent, et le mouvement qui résulte de la cadence et de la brièveté des phrases; le dernier vers est le seul qu'on puisse prononcer avec lenteur, et le sentiment l'exigeait. Jusque dans sa blessure et les détails de sa mort, Euryale conserve toute sa grâce. Si le fer traverse sa poitrine, si le sang coule sur son corps, l'épithète détourne l'esprit de cette image sur celle de la beauté, candida pectora, pulchros artus : son attitude est touchante, sans avoir rien de forcé ni de pénible, in... humeros cervix collapsa recumbit. Les deux comparaisons rendent encore l'image plus pure et plus douce : la première se rapporte à la pâleur de la mort qui remplace l'éclat de la jeunesse, purpureus veluti quùm flos..., la seconde à la position de la tête, circonstance importante du tableau, lassove papavera collo... Observez les rejets, languescit moriens, demisére caput, et la facilité de la prononciation. Peut-on mieux peindre la fureur de Nisus et son acharnement, ruit in medios, solum per omnes Volscentem, in solo Volscente, les efforts, la suite, la rapidité de son action, quem circùm..., hinc atque hinc..., instat non seciùs, ac rotat ensem fulmineum, do

O Rutuli! mea fraus omnis ; nihil iste nec ausus, -
Nec potuit : cœlum hoc et conscia sidera testor :
Tantùm infelicem nimiùm dilexit amicum. »
Talia dicta dabat; sed viribus ensis adactus

Transadigit costas, et pectora candida rumpit.
Volvitur Euryalus letho, pulchrosque per artus
It cruor, inque humeros cervix collapsa recumbit :
Purpureus veluti quum flos succisus aratro
Languescit moriens; lassove papavera collo
Demisère caput, pluvià quum fortè gravantur.
At Nisus ruit in medios, solumque per omnes
Volscentem petit, in solo Volscente moratur.
Quem circum glomerati hostes hinc cominus atque hine
Proturbant; instat non secius, ac rotat ensem

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nec... ? Le poëte n'ayant pas le temps de parler de l'effroi de Volscens , le coup même qu'il reçoit en offre l'image, clamantis in ore condidit. Nisus pourrait immoler d'autres ennemis ; mais Volscens tué, l'amitié vengée, sa fureur s'arrête, il ne veut plus que mourir : sur le corps de son ami, tum super exanimem... amicum, . il reçoit la mort, une mort qui devient douce pour lui, placidâ in morte quievit; et telle est l'impression que ce récit doit laisser dans tous les cœurs, qu'au lieu de plaindre le sort de Nisus et d'Euryale, le poëte semblerait plutôt envier le bonheur des deux Amis , fortunati ambo... : il leur promet l'immortalité, dans un style dont la pompe annonce son enthousiasme, dum domus AEneae Capitoli immobile saxum... imperiumque pater Romanus... Considéré séparément, l'épisode se termine à la mort d'Euryale et de Nisus : les derniers vers sembleraient même annoncer un dénouement complet. Cependant Virgile va se faire de l'infortune des deux héros un moyen d'action générale. Comment faire parvenir dans le camp la nouvelle de la catastrophe ? La mort de Volscens, et le carnage qu'un nouveau tableau nous retrace ainsi qu'aux Rutules, et dont les dépouilles trouvées sur Euryale font reconnaître les auteurs, prouvent assez leur valeur et leur importance, nec minor in castris luctus..., ingens concursus ad ipsa corpora..., agnoscunt spolia... Pour jeter l'épouvante dans le camp troyen, les ennemis portent devant leurs rangs ces deux têtes, sur lesquelles leur marche et leurs cris ap

Fulmineum, donec Rutuli clamantis in ore
Condidit adverso, et moriens animam abstulit hosti.
Tum super exanimem sese projecit amicum
Confossus, placidâque ibi demum morte quievit.
Fortunati ambo ! si quid mea carmina possunt,
Nulla dies unquam memori vos eximet aevo,
Dum domus AEneae Capitoli immobile saxum
Accolet, imperiumque pater Romanus habebit.
Victores praedà Rutuli spoliisque potiti
Volscentem exanimum flentes in castra ferebant.
Nec minor in castris luctus Rhamnete reperto
Exsangui, et primis unà tot caede peremptis,
Sarranoque, Numâque : ingens concursus ad ipsa
Corpora, semimecesque viros, tepidaque recentem
Caede locum, et pleno spumantes sanguine rivos.
Agnoscunt spolia inter se, galeamque nitentem
Messapi, et multo phaleras sudore receptas.
Et jam prima novo spargebat lumine terras
Tithoni croceum linquens Aurora cubile ;
Jam sole infuso, jam rebus luce retectis,
Turnus in arma viros, armis circumdatus ipse,
Suscitat, aeratasque acies in praelio cogit :

pellent l'attention, ipsa arrectis... in hastis prœfigunt capita, et multo clamore sequuntur. Virgile n'exprime qu'en deux vers l'impression générale produite par ce spectacle affreux, stant mœsti..., ora... nota nimis miseris... : c'est sur la mère d'Euryale qu'il rassemble tout l'intérêt et toutes les larmes. A cette nouvelle subite, intereà.. volitans pennata... Fama ruit..., nous la voyons tout à coup tomber faible, subitus misera calor ossa reliquit : les fuseaux qui s'échappent de ses mains, et le fil qui se déroule, excussi manibus radii, revolutaque pensa, ces deux images suffisent pour que l'esprit complète le tableau. Avec quelle rapidité, dans quel désordre, le poëte la conduit sur les retranchements ! Chaque trait pénètre l'ame, evolat, infelix, femineo ululatu, scissa comam, amens, non illa virûm, non illa pericli... memor, cœlum questibus implet.— Sans se donner le temps d'annoncer qu'elle reconnaît la tête de son fils, il le lui fait exprimer à elle-même, hunc, ego te, Euryale, adspicio, tune illa... Quel accent de regrets et de douleur dans ces reproches d'une mère, potuisti linquere solam, crudelis, nec te... affari extremùm miserœ data copia matri ! Et lorsqu'elle se retrace le sort réservé aux restes d'Euryale, heu ! terrâ ignotâ, canibus prœda... jaces, quelle vérité dans ces détails douloureux des funérailles, sur lesquelles elle insiste avec tant de regrets, et dont une mère ferait sa consolation, necte, tua funera, materproduxi..,

Quisque suos; variisque acuunt rumoribus iras.
Quin ipsa arrectis (visu mirabile !) in hastis
Praefigunt capita, et multo clamore sequuntur,
Euryali et Nisi.
AEneadae duri murorum in parte sinistrà
Opposuère aciem (nam dextera cingitur amni),
Ingentesque tenent fossas, et turribus altis
Stant moesti : simul ora virûm praefixa movebant,
Nota nimis miseris, atroque fluentia tabo.
Interea pavidam volitans pennata per urbem
Nuntia Fama ruit, matrisque allabitur aures
Euryali : ac subitus miserae calor ossa reliquit ;
Excussi manibus radii, revolutaque pensa.
Evolat infelix, et femineo ululatu,
Scissa comam, muros amens atque agmina cursu
Prima petit ; non illa virûm, non illa pericli
Telorumque memor ; cœlum dehinc questibus implet :
« Hunc ego te, adspicio! tune, illa senectae
Sera meae requies ! potuisti linquere solam,
Crudelis! nec te, sub tanta pericula missum,
Affari extremùm miserae data copia matri !
Heu ! terrà ignotâ, canibus date praeda Latinis
Alitibusque jaces! nec te, tua funera, mater

veste tegens, tibi. Elle se représentait d'abord le corps tout entier en proie aux chiens et aux vautours, mais ensuite elle ne voit plus que les lambeaux de ses membres dispersés, avulsa membra, funus lacerum, idée cruelle inspirée par la vue de cette tête séparée du tronc, comme l'annoncent ces mots si simples et si déchirants, hoc mihi de te, nate, refers, hoc sum... secuta ! C'est alors qu'elle demande la mort aux meurtriers de son fils, figite me..., et dans \'excès de son désespoir, à Jupiter lui-même, dont elle implore la pitié, la haine et la foudre, miserere., invisum hoc detrude caput sub Tartara telo.— Ce discours achève d'abattre le courage et les forces des Troyens, concussi animi, mœstusque..., torpent infractœ ad prœlia vires, incendentem luctus... Les hommes gémissent, per ommes it gemitus; Ascagne est le seul dont les larmes puissent honorer le cœur, sans accuser trop de faiblesse, multùm lacrymantis Iuli. — La force seule pouvait arracher une mère à cet affreux spectacle, illam corripiunt, interque manus... Cette scène touchante rattache l'épisode qu'elle complète à l'action qui va suivre. Nous voyons, nous sentons vivement la situa

tion déplorable et l'abattement des Troyens, immédiatement avant l'assaut. \

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Dans le tumulte et la confusion d'une bataille, il est impossible de distinguer beaucoup d'actions particulières. On ne voit presque jamais que le centre, l'aile droite, l'aile gauche, des corps plus ou moins considérables, et si le général qui dirige et coordonne ce vaste ensemble, si les chefs des diverses parties de l'armée, ne formaient au milieu du tableau quelques personnages distincts, la plupart des batailles n'offriraient que le mouvement

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Produxi, pressive oculos, aut vulnera lavi,
Veste tegens tibi quam noctes festina diesque
Urgebam, et telà curas solabar aniles !
Quò sequar ? aut quae nunc artus, avulsaque membra,
Et funus lacerum tellus habet ? hoc mihi de te,
Nate, refers? hoc sum terrâque marique secuta ?
Figite me, si qua est pietas; in me omnia tela
Conjicite, o Rutuli; me primam absumite ferro :
Aut tu, magne pater Divûm, miserere, tuoque
Invisum hoc detrude caput sub Tartara telo,
Quando aliter nequeo crudelem abrumpere vitam. »
Hoc fletu concussi animi, mœstusque per omnes
It gemitus ; torpent infractae ad praelia vires.
Illam incendentem luctus Idaeus et Actor,
Ilionei monitu et multùm lacrymantis Iuli,
Corripiunt, interque manus sub tecta reponunt.

des masses. Ce n'est pas assez pour le poëte qui veut mettre en action le cœur autant que l'imagination : car nous ne partageons bien que la passion individuelle. D'après ce principe, Homère commence ses batailles par un tableau général fort court, et si sublime, qu'aucun autre poëte, sans excepter Virgile, ne l'égale dans cette partie du récit. Il abandonne ensuite la multitude, pour ne s'occuper que des héros. Ce n'est partout que des guerriers connus par leur nom, leur caractère et leurs exploits : illeur prête des sentiments distincts, il nous anime de la passion qui les transporte : souvent même il décrit leur extérieur et leurs armes, nous voyons jusqu'aux détails de leurs blessures. Virgile a suivi l'exemple d'Homère. Pour mieux animer l'action et figurer les exploits, il lui arrive même de donner des noms aux soldats qui succombent. A chaque instant, la rencontre de deux héros, les chances du combat, leur mort ou leur triomphe, excitent la crainte, l'espérance, la pitié ou le mépris pour le vaincu, l'admiration et quelquefois l'horreur pour le vainqueur.Avec cette supériorité merveilleuse de force et de courage, que l'épopée reconnaît aux héros, leur action individuelle devient naturelle et vraisemblable ; maison voit en même temps combien elle contribue à l'intérêt du sujet épique. La description générale d'un combat à distance ne pouvait pas offrir l'aspect épouvantable des premiers chocs homériques. Cependant nous remarquerons l'effet que produisent par leur contraste avec les vers précédents et par eux-mêmes, les deux premiers vers, at tuba terribilem... Ne semble-t-il pas entendre le son de la trompette et les cris d'une armée, dont nous voyons aussitôt la marche précipitée, accelerant... ? L'action des Rutules se borne à des essais, parant, quœrunt.. : l'avantage du lieu rend celle des Troyens plus sûre et plus positive, telorum effundere contrà.. : ce souvenir y ajoute encore, assueti longo muros defendere bello. Observez la netteté de l'opposition entre les dangers qui menacent les Rutules, saxa quoque infesto... et leur sécurité sous cette voûte

At tuba tcrribilem sonitum procul aere canoro
Increpuit : sequitur clamor, cœlumque remugit.
Accelerant, actà pariter testudine Volsci,
Et fossas implere parant, ac vellere vallum.
Quaerunt pars aditum, et scalis adscendere muros,
Quà rara est acies, interlucetque corona -
Non tam spissa viris. Telorum effundere contrà
Omne genus Teucri, ac duris detrudere contis,
Assueti longo muros defendere bello.
Saxa quoque infesto volvebant pondere, si qua

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