Imagens das páginas
PDF

unà fatifer arcus, et fugit horrendum stridens... Quelle vérité, quelle noblesse dans le transport du jeune héros ! C'est d'abord la fierté, i, verbis virtutem illude superbis, ensuite l'ironie de l'honneur vengé, bis capti Phryges hœc Rutulis responsa remittunt. L'effet produit sur les Troyens n'est pas rendu avec moins de vivacité ni de grandeur, Teucri clamore sequuntur, laetitiâque fremunt, animosque ad sidera tollunt. Virgile ne se borne pas aux applaudissements des mortels; il y joint ceux d'un Dieu, l'enthousiasme d'Apollon, et ces paroles sublimes, macte..., sic itur ad astra, dis genite, et geniture deos, jure omnia bella gente sub Assaraci... resident, nec te Troja capit : observez surtout cette allusion éclatante aux Césars et aux Romains, la seule du neuvième livre. — Cependant le poëte avait encore une autre intention. Ascagne est cet enfant dont naguère l'amour empruntait la figure, et qui jouait alors sur les genoux de Didon. Il n'est pas impossible qu'il terrasse d'un coup de flèche un guerrier redoutable; mais si, chargé d'une armure pesante, il affrontait de près les héros, nous pourrions reprocher aux Troyens leur imprudence et au poëte l'invraisemblance de l'action. Virgile veut donc éloigner Ascagne, afin que le lecteur ne songe pas à lui lorsque Turnus aura pénétré dans le camp. Mais après sa victoire, le jeune héros cédera-t-il aux instances des Troyens qui l'entourent ? Ces expressions, ardentem affatur Iulum, et en terminant,

Et fugit horrendùm stridens adducta sagitta,
Perque caput Remuli venit, et cava tempora ferro
Trajicit. « I, verbis virtutem illude superbis.
Bis capti Phryges haec Rutulis responsa remittunt. »
Haec tantùm Ascanius : Teucri clamore sequuntur,
Laetitiâque fremunt, animosque ad sidera tollunt.
AEthereà tum fortè plagà crinitus Apollo
Desuper Ausonias acies urbemque videbat,
Nube sedens, atque his victorem affatur Iulum :
« Macte novâ virtute, puer, sic itur ad astra,
Dis genite, et geniture deos : jure omnia bella
Gente sub Assaraci fato ventura resident :
Nec te Troja capit. » Simul, haec effatus, ab alto
AEthere se mittit, spirantes dimovet auras,
Ascaniumque petit : formam tum vertitur oris
Antiquum in Buten. Hic Dardanio Anchisae
Armiger antè fuit, fidusque ad limina custos ;
Tum comitem Ascanio pater addidit. Ibat Apollo
Omnia longaevo similis, vocemque, coloremque,
Et crines albos, et saeva sonoribus arma ;
Atque his ardentem dictis affatur Iulum :
« Sit satis, MEneada, telis impune Numanum
oppetiisse tuis : primam hanc tibi magnus Apollo

avidum pugnœ dictis ac nomine Phœbi Ascanium prohibent, font comprendre la nécessité de l'intervention divine. Apollon emprunte les traits du gouverneur d'Ascagne. Les détails et la cadence, omnia longœvo similis, vocemque..., et ces mots, sœva somoribus arma, annoncent la démarche du vieillard et du guerrier. Ces paroles, hanc tibi magnus Apollo..., paribus non invidet armis, ne sont pas seulement un éloge éclatant de l'adresse du jeune prince; mais en portant ainsi la pensée sur lui-même, Apollon dispose les Troyens à le reconnaître, lorsqu'il disparaît dans les airs. Les deux derniers mots du discours, et leur rapprochement, puer, bello, confirment à la fois l'intention de Virgile et le conseil du Dieu. — Un autre poëte se serait contenté de ne plus parler d'Ascagne. Le nôtre seul justifie tout. Troisième partie : Turnus pénètre seul dans le camp des Troyens. Les trois parties principales du récit sont séparées entre elles par un tableau général. Le précédent (v. 566) n'était que de deux vers et demi. Celui-ci, plus complet et plus animé, amène un combat plus terrible, it clamor... intendunt... : remarquez cette nouvelle image du combat à distance, tùm scuta cavœque dant sonitum flictu galeœ. Les principaux détails de la comparaison offrent un rapport exact et frappant avec le nombre des traits et des coups : au milieu de l'horrible confusion que les derniers vers expriment, la plupart des mots présentent une idée terrible; il règne dans les vers une gradation de violence remarquable, verberat, praecipitant, torquet, rumpit. Le récit se divise de lui-même en cinq parties distinctes. 1° Les

Concedit laudem, et paribus non invidet armis.
Caetera parce, puer, bello. » Sic orsus Apollo
Mortales medio adspectus sermone reliquit,
Et procul in tenuem ex oculis evanuit auram.
Agnovêre deum proceres divinaque tela
Dardanidae, pharetramque fugà sensêre sonantem.
Ergo avidum pugnae dictis ac numine Phœbi
Ascanium prohibent ; ipsi in certamina rursus
Succedunt, animasque in aperta pericula mittunt.
It clamor totis per propugnacula muris.
Intendunt acres arcus, amentaque torquent.
Sternitur omne solum telis : tum scuta cavaeque
Dant sonitum flictu galeae; pugna aspera surgit.
Quantus ab occasu veniens pluvialibus Haedis
Verberat imber humum ; quàm multâ grandine nimbi
In vada praecipitant, quum Jupiter horridus Austris
Torquet aquosam hicmem, et cœlo cava nubila rumpit,

Troyens font une sortie. — Si Turnus escaladait les murs ou forçait l'entrée du camp, les Rutules devraient s'y précipiter sur ses pas. Il entrera donc par la porte même, qui, tout à coup refermée sur lui, empêchera ses soldats de le suivre. La pensée de l'ouvrir malgré les ordres d'Énée (v. 40), ne peut venir qu'à des guerriers pleins de confiance en leur valeur : afin de ne pas compromettre les chefs de l'armée, Virgile confie la garde de cette porte à deux jeunes Troyens inconnus jusqu'alors, Pandarus et Bitias. Cette image hyperbolique de leur taille et de leur force ne lui suffit pas, abietibus patriis et montibus œquos; il en présente encore une autre, pro turribus adstant..., cristis capita alta corusci, et les nombreux détails de la comparaison achèvent de frapper l'imagination , quales aeriœ... consurgunt..., quercus..., cœlo attollunt capita, et sublimi vertice nutant. L'action devient d'autant plus vraisemblable, que d'abord Pandarus et Bitias n'avaient intention que d'ouvrir la porte..., ultrô invitant hostem, ipsi intùs... adstant. Mais un premier succès, et la confiance qu'il inspire, emportent bientôt les Troyens hors du camp, tùm magis increscunt irœ, et jàm collecti Troes... procurrere longiùs audent.

2° Turnus arrête le succès des Troyens. — Avant d'arriver au récit prodigieux du combat, que le héros soutiendra seul contre une armée, Virgile familiarise le lecteur avec les idées gigantesques. Tel était déjà l'effet du tableau de Pandarus et de Bitias. Maintenant l'idée de la fureur et ses mouvements impétueux se joignent partout au nom et à l'action de Turnus, furenti, turban

Pandarus et Bitias, Idaeo Alcanore creti,

Quos Jovis eduxit luco sylvestris Iaera,
- Abietibus juvenes patriis et montibus aequos,

Portam, quae ducis imperio commissa, recludunt
Freti armis, ultroque invitant mœnibus bostem.
Ipsi intus dextrà ac laevà pro turribus adstant
Armati ferro, et cristis capita alta corusci :
Quales aeriae liquentia flumina circum,
Sive Padi ripis, Athesim seu propter amœnum, -
Consurgunt geminae quercus, intonsaque cœlo
Attollunt capita, et sublimi vertice nutant.
Irrumpunt, aditus Rutuli ut vidère patentes.
Continuò Quercens, et pulcher Aquicolus armis,
Et praeceps animi Tmarus, et Mavortius Haemon
Agminibus totis aut versi terga dedêre,
Aut ipso portae posuêre in limine vitam.
Tum magis increscunt animis discordibus irae ;
Et jam collecti Troes glomerantur eòdem,
Et conferre manum et procurrere longiùs audent,

Ductori Turno diversà in parte furenti,

' i que viros, immani concitus irâ... ruit... Les guerriers mêmes, , I t 1i tombent sous ses coups, offrent quelque chose d'extraordinaire. Voyez d'abord la naissance d'Antiphate..., nothum Sarpe« lonis alti, et l'image de sa blessure, specus atri vulneris, reddit " tmdam spumantem... Voyez ensuite les détails du coup sous lequel tombe Bitias, non jaculo, neque enim jaculo..., sed magnùm stri« lens..., fulminis acta modo, quam nec..., et surtout le bruit de la chute du géant, collapsa ruunt..., dat tellus gemitum..., qualis in Euboico... Aussi dans la comparaison , devons-nous moins considérer le rapport avec la pensée principale, que l'effet produit sur l'imagination : le poëte n'a pas d'autre but que d'étonner. Il est impossible de mieux peindre la chute de cette masse énorme, illa ruinam prona trahit, son arrivée au fond de l'eau, penitusque vadis illisa recumbit, et le résultat de l'action, d'abord aux yeux du spectateur, miscent se maria et nigra attolluntur arenœ, ensuite à l'oreille, tùm sonitu... : rien ne prouve mieux l'intention du poëte que l'hyperbole de la pensée, et l'expression gigantesque de ces deux vers, tùm sonitu Prochyta alta tremit, durumque cubile Inarime Jovis imperiis imposta Typhœo.

3° Les Troyens rentrent dans le camp, et Turnus s'y précipite avec eux. — La présence de Mars, et l'expression énergique de

Turbantique viros, perfertur nuntius hostem
Fervere caede novà, et portas praebere patentes.
Deserit inceptum, atque immani concitus irà
Dardaniam ruit ad portam fratresque superbos :
Et primum Antiphaten (is enim se primus agebat),
Thebanà de matre nothum Sarpedonis alti,
Conjecto sternit jaculo : volat Itala cornus
Aera per tenerum, stomachoque infixa sub altum
Pectus abit : reddit specus atri vulneris undam
Spumantem, et fixo ferrum in pulmone tepescit.
Tum Meropem atque Erymanta manu,tum sternit Aphidnum ;
Tum Bitian ardentem oculis, animisque frementem,
Non jaculo, neque enim jaculo vitam ille dedisset ;
Sed magnùm stridens contorta phalarica venit,
Fulminis acta modo ; quam nec duo taurea terga,
Nec duplici squamâ lorica fidelis et auro
Sustinuit : collapsa ruunt immania membra ;
Dat tellus gemitum, et clypeum super intonat ingens :
Qualis in Euboico Baiarum littore quondam
Saxea pila cadit, magnis quam molibus antè
Constructam jaciunt ponto ; sic illa ruinam
Prona trahit, penitusque vadis illisa recumbit ;
Miscent se maria, et migrae attolluntur arenae ;
Tum sonitu Prochyta alta tremit, durumque cubile .
Inarime Jovis imperiis imposta Typhaeo. -

son action sur le cœur des combattants, agrandit encore la circonstance et concourt à l'effet général, hic Mars armipotens..., Latinis... stimulos acres subpectore vertit, immisitque fugam Teucris..., bellatorque animo Deus incidit. Le sens, la place et l'harmonie de la plupart des mots représentent la force de Pandarus luttant seul contre la foule, pour fermer la porte, portam vi multâ converso cardine torquet, obnixus latis humeris... Au milieu du tumulte que peint ce vers, ast alios..., les efforts et la violence exprimés par irrumpentem, achèvent de rendre le fait vraisemblable. Il semble que les Troyens devraient s'applaudir de tenir Turnus seul enfermé dans leur camp; mais en nous faisant frémir à cette pensée, demens, immanem tigrim, pecora inter inertia, le poëte nous prépare adroitement aux effets incroyables de sa force et de son courage. 4° Turnus immole une foule de guerriers. — A d'aspect subit du héros, pouvait-on mieux peindre l'effroi des Troyens, que par les signes mêmes qui le font reconnaître, et à chacun desquels se joint l'idée de la terreur, continuo nova lux .., arma horrendùm sonuére, tremunt... : cristœ sanguineœ, micantia fulgura, agnoscunt faciem invisam... ? La mort du seul Troyen qui ne tremble point, et les détails de cet exploit, justifient d'abord l'effroi général. La confiance de Pandarus, et la vive expression du danger de Turnus, non haec regia Amatae, nec Ardea, castra inimica..., font

Hic Mars armipotens animum viresque Latinis
Addidit, et stimulos acres sub pectore vertit,
Immisitque fugam Teucris atrumque timorem.
Undique conveniunt, quoniam data copia pugnae,
Bellatorque animo deus incidit.
Pandarus, ut fuso germanum corpore cernit,
Et quo sit fortuna loco, qui casus agat res,
Portam vi multà converso cardine torquet,
Obnixus latis humeris, multosque suorum
Mœnibus exclusos duro in certamine linquit ;
Ast alios secum includit, recipitque ruentes ;
Demens ! qui Rutulum in medio non agmine regem
Viderit irrumpentem, ultroque incluserit urbi,
Immanem veluti pecora inter inertia tigrim.

Continuò nova lux oculis effulsit, et arma
Horrendùm sonuêre ; tremunt in vertice cristae
Sanguineae, clypeoque micantia fulgura mittit.
Agnoscunt faciem invisam atque immania membra
Turbati subitò MEneadae. Tum Pandarus ingens
Emicat, et, mortis fraternae fervidus irà,
Effatur : « Non haec dotalis regia Amatae,
Nec muris cohibet patriis media Ardea Turnum.
Castra inimica vides ; nulla hinc exire potestas. »

« AnteriorContinuar »