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madentes : il le voit déjà vaincu. 4° Le poëte peut alors se permettre l'expression la plus énergique de la fureur belliqueuse que la comparaison achève de peindre à l'imagination, his agitur furiis, totoque... ab orescintillae, oculis micat... : outre le rapport des cris et des mouvements du héros avec les mugissements et l'action du taureau, observez, après les efforts contre l'arbre, les images poétiques de cette impétuosité de plus en plus libre et fougueuse, ventosque lacessit..., sparsâ ad pugnam proludit arenâ.

Dans le camp des Troyens, Énée se prépare au combat. Les détails d'une scène analogue seraient à l'avantage du sage héros, mais sans utilité pour l'action. Il suffisait que Turnus eût jeté dans le récit le trouble et cette espèce de pressentiment qui animent la scène. Virgile se contente d'exprimer avec énergie les préparatifs d'Énée et le noble motif de sa joie, gaudens componi fœdere bellum, le calme avec lequel il console les Troyens, et surtout son fils, enfin la fermeté sans outrage du vainqueur des Rutules. Ces détails présentent un heureux contraste avec l'état horrible de Turnus. -- "

De la situation qui doit précéder ou préparer le combat singulier, nous verrons graduellement résulter l'engagement général dont le poëte a besoin pour le développement de l'action.

1° 113-133. Le tableau général des deux armées. — Virgile, qui tant de fois a eu l'occasion de peindre le lever du soleil, semble avoir réservé pour le jour du dénouement la pompe du style et des images, postera vix summos..., lucemque elatis naribus efflant. Dans les détails suivants, il prépare à la fois la cérémonie sacrée et la scène guerrière.

Vibratos calido ferro myrrhâque madentes. »
His agitur furiis, totoque ardentis ab ore
Scintillae absistunt; oculis micat acribus ignis :
Mugitus veluti quum prima in praelia taurus
Terrificos ciet, atque irasci in cornua tentat,
Arboris obnixus trunco, ventosque lacessit
Ictibus, et sparsà ad pugnam proludit arenà.
Nec minùs interea matermis saevus in armis
AEneas acuit Martem, et se suscitat irà,
Oblato gaudens componi fœdere bellum.
Tum socios mœstique metum solatur Iuli,
Fata docens; regique jubet responsa Latino
Certa referre viros, et pacis dicere leges.
Postera vix summos spargebat lumine montes
Orta dies, quum primùm alto se gurgite tollunt
Solis equi, lucemque elatis naribus efflant ;

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Ce qui tient aux coutumes religieuses est exprimé simplement ; , mais les deux armées qui ne s'attendent qu'au combat singulier, devant se trouver prêtes pour la bataille, le poëte insiste davantage sur les armes et l'attitude des guerriers et de leurs chefs, procedit legio..., ruit variis... armis, haud secus instructi ferro..., ductores..., defigunt tellure hastas. Quant aux autres spectateurs, leur nombre augmente dans le lointain la grandeur et la majesté du tableau , matres, vulgus, senes , turres et tecta domorum obsedére. 2° 134-160. A la vue des préparatifs, Junon tente encore une fois de sauver Turnus, ou du moins de retarder la victoire d'Énée. Rien de mieux que d'avoir maintenu jusqu'au dénouement cette unité de cause qui suffit presque seule pour constituer l'unité d'action ; mais Junon ne pouvant agir ouvertement contre la volonté de Jupiter, le poëte se trouve forcé de ne prêter à la reine des dieux qu'une action détournée et presque secrète, ce qui forme un genre de merveilleux inférieur à celuides autres chants. Qui donc Junon va-t-elle charger de servir sa haine ? Quel dieu osera combattre les destins et braver la colère de Jupiter ? Elle ne s'adresse point à une divinité de l'Olympe : Juturne, déesse des fleuves et des marais, ne doit pas connaître les ordres souverains, et cette nymphe étant la sœur de Turnus, le danger de son frère suffira pour rendre son intervention naturelle et vraisemblable. — Juturne pourrait demander pourquoi Junon n'exerce plus elle

Campum ad certamen, magnae sub mœnibus urbis,
Dimensi Rutulique viri Teucrique parabant ;
In medioque focos, et Dis communibus aras
Gramineas; alii fontemque ignemque ferebant,
Velati lino, et verbenà tempora vincti.
Procedit legio Ausonidûm, pilataque plenis
Agmina se fundunt portis : hinc Troius omnis, -
Tyrrhenusque ruit variis exercitus armis ;
Haud secus instructi ferro quàm si aspera Martis
Pugna vocet : nec non mediis in millibus ipsi
Ductores auro volitant ostroque decori,
Et genus Assaraci Mnestheus, et fortis Asylas,
Et Messapus equûm domitor, Neptunia proles.
Utque, dato signo, spatia in sua quisque recessit,
Defigunt tellure hastas, et scuta reclinant.
Tum studio effusae matres, et vulgus inermum,
Invalidique senes turres et tecta domorum
Obsedêre; alii portis sublimibus adstant.
At Juno, ex summo qui nunc Albanus habetur
- (Tum neque nomen erat, nec honos aut gloria monti)
Prospiciens tumulo, campum adspectabat, et ambas
" Laurentùm Troumque acies, ul'bemque Latini.

même en faveur de Turnus sa puissante protection : c'est la pensée qui détermine l'esprit et la forme du discours. Sans laisser entrevoir l'intérêt de sa vengeance contre Énée, Junon ne paraît faire cette démarche que par amitié pour Juturne. Sa haine connue pour les amantes de Jupiter pouvant laisser quelque doute, elle se sert de cet outrage pour lui prouver son dévouement, animo gratissima nostro, scis te cunctis unam... Elle eût cru mériter ses reproches en ne l'instruisant pas du malheur qui la menace, disce tuum, ne me incuses..., dolorem. C'est même à cette amitié qu'elle semble attribuer sa protection antérieure.. Turnum et tua mœnia texi. Mais il s'agit maintenant de combattre le destin, nunc juvenem... imparibus fatis... : peut-on exiger d'elle cet excès de dévouement ? Il suffit sans doute du sentiment d'intérêt qui respire dans son inaction, non pugnam adspicere... possum. Une sœur pourrait oser davantage, tu pro germano si quid... audes; elle le doit même, decet. L'état de Juturne à cette nouvelle, et l'éclat de sa douleur, beaucoup plus vive que celle de Junon, viennent à l'aide du raisonnement..., lacrymas..., terque quaterque... pectus... — Junon insiste alors , non lacrymis hoc tempus,.., accelera et fratrem...; elle enseigne les moyens de salut..., conceptum excute fœdus; enfin c'est la reine des dieux qui donne le conseil, auctor ego audendi. Observez enfin la sagesse du poëte, qui laisse Juturne dans une perplexité dont l'occasion seule achèvera de la faire sortir, reliquit incertam...

Extemplo Turni sic est affata sororem,
Diva deam, stagnis quae fluminibusque sonoris
Praesidet ; hunc illi rex aetheris altus honorem
Jupiter ereptà pro virginitate sacravit :
« Nympha, decus fluviorum, animo gratissima nostro,
Scis ut te cunctis unam, quaecumque Latinae
Magnanimi Jovis ingratum adscendêre cubile,
Praetulerim, cœlique libens in parte locârim :
Disce tuum, nec me incuses, Juturna, dolorem.
Quà visa est fortuna pati, Parcaeque sinebant
Cedere res Latio, Turnum et tua mœnia texi ;
Nunc juvenem imparibus video concurrere fatis,
Parcarumque dies et vis inimica propinquat.
Non pugnam adspicere hanc oculis, non fœdera possum.
Tu, pro germano si quid prœsentius audes,
Perge; decet : forsan miseros meliora sequentur. »
Vix ea, quum lacrymas oculis Juturna profundit,
Terque quaterque manu pectus percussit honestum :
« Non lacrymis hoc tempus, ait Saturnia Juno ;
Accelera, et fratrem, si quis modus, eripe morti ;
Aut tu bella cie, conceptumque excute fœdus.
Auctor ego audendi. » Sic exhortata reliquit

3° 161-215. Le traité et les serments d'Énée et de Latinus. — La solennité du récit et des discours ajoute encore à l'importance de l'action. L'arrivée des rois est d'abord annoncée avec dignité par ces détails poétiques, ingenti mole..., quadrijugo curru... aurati bis sex radii..., solis avi specimen, bigis Turnus..., bina manu... : Énée l'emporte encore sur son rival, sidereo flagrans clypeo et cœlestibus armis, romanœ stirpis origo, magnœ spes altera Romae; rien de plus imposant aux yeux des Romains.— Dans le sacrifice et dans les discours, les anciens retrouvaient leurs cérémonies religieuses embellies par la poésie : nous pouvons du moins y sentir encore la majesté de l'ensemble et la netteté des détails.— Considérons en même temps les deux discours : 1° Le choix des dieux attestés par chaque roi, n'est pas indifférent à l'action ni aux deux peuples. Observez surtout du côté d'Énée ce souvenir de ses droits et de ses travaux, hœc mihi terra... quam propter..; la prière à Junon plus vive et plus pressante, et tu... jàm melior, jàm... : en s'adressant au dieu Mars, ces paroles dignes du vainqueur et des Romains ses descendants, cuncta tuo qui... sub numine torques; enfin, la réunion des dieux de la terre, du ciel et de la mer, fontesque.., œtheris.., cœruleo... Le langage de Latinus a moins de majesté, hœc eadem, terram, mare, sidera juro. 2" D'un côté, si fors victoria Turno, de l'autre, sin nostrum annuerit nobis

Incertam, et tristi turbatam vulnere mentis.
Interea reges, ingenti mole Latinus
Quadrijugo vehitur curru, cui tempora circum
Aurati bis sex radii fulgentia cingunt,
Solis avi specimen ; bigis it Turnus in albis,
Bina manu lato crispans hastilia ferro. -
Hinc pater AEneas, Romanae stirpis origo,
Sidereo flagrans clypeo et cœlestibus armis,
Et juxtà Ascanius, magnae spes altera Romae,
Procedunt castris, purâque in veste sacerdos
Saetigerae fetum suis, intonsamque bidentem
Attulit, admovitque pecus flagrantibus aris.
Illi, ad surgentem conversi lumina solem,
Dant fruges manibus salsas, et tempora ferro
Summa notant pecudum, paterisque altaria libant.
Tum pius AEneas stricto sic ense precatur : .
« Esto nunc, Sol, testis, et haec mihi terra vocanti,
Quam propter tantos potui perferre labores,
Et pater omnipotens, et tu, Saturnia Juno,
Jam melior, jam, diva, precor; tuque, inclyte Mavors,
Cuncta tuo qui bella, pater, sub numine torques ;
Fontesque Fluviosque voco, quaeque aetheris alti
Relligio, et quae caeruleo sunt Numina ponto :
Cesserit Ausonio si fors victoria Turno,
Convenit Evandri victos discedere ad urbem ;

victoria Martem; la différence de l'expression fait sentir la confiance de la victoire, mais d'une manière conforme au caractère religieux du héros..., et potiùs Dt numine firment. En parlant de l'issue du combat, Latinus, qui ne peut exprimer son penchant pour les Troyens, se contente de dire, quô res cumque cadent. 3° Les conditions de la paix et la modération d'Énée ajoutent encore à la noblesse de ses paroles, non ego nec Teucris..., paribus se legibus ambœ invictœ gentes... Les derniers mots doivent plaire à Latinus, urbique dabit Lavinia nomen. Il est inutile que le roi des Latins répète les conditions du traité; le poëte y supplée dans son discours par le serment, dont la forme antique convient à son âge, et par la beauté poétique des détails, nunquàm fronde levi.., matre caret...

4° 216-265. L'action de Juturne sur l'armée de Turnus. — Quoique les caractères impétueux soient sujets à passer d'un excès à l'autre, on ne saurait justifier Virgile d'avoir ainsi dépeint

Cedet Iulus agris, nec pòst arma ulla rebelles
AEneadae referent, ferrove haec regna lacessent.
Sin nostrum annuerit nobis victoria Martem,
Ut potiùs reor, et potiùs Di numine firment,
Non ego nec Teucris Italos parere jubebo,
Nec mihi regna peto : paribus se legibus ambae
Invictae gentes aeterna in fœdera mittant.
Sacra Deosque dabo; socer arma Latinus habeto,
Imperium solemne socer : mihi mœnia Teucri
Constituent, urbique dabit Lavinia nomen. »
Sic prior AEneas ; sequitur sic deinde Latinus,
Suspiciens cœlum, tenditque ad sidera dextram :
« Haec eadem, AEnea, terram, mare, sidera, juro,
Latonaeque genus duplex, Janumque bifrontem,
Vimque Deûm infernam, et duri sacraria Ditis.
Audiat haec genitor, qui fœdera fulmine sancit.
Tango aras, mediosque ignes, et Numina testor :
Nulla dies pacem hanc Italis nec fœdera rumpet,
Quò res cumque cadent ; nec me vis ulla volentem
Avertet ; non, si tellurem effundat in undas
Diluvio miscens, cœlumque in Tartara solvat :
Ut sceptrum hoc (dextrà sceptrum nam fortè gerebat)
Nunquam fronde levi fundet virgulta neque umbras,
Quum semel in sylvis imo de stirpe recisum
Matre caret, posuitque comas et brachia ferro;
Olim arbos, nunc artificis manus aere decoro
Inclusit, patribusque dedit gestare Latinis. »
Talibus inter se firmabant fœdera dictis,
Conspectu in medio procerum : tum rite sacratas
In flammam jugulant pecudes, et viscera vivis .
Eripiunt, cumulantque oneratis lancibus aras.
At verù Rutulis impar ea pugna videri

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