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vez surtout dans les trois derniers vers ce renouvellement et cette activité de jeunesse dont les mouvements se peignent dans les diverses parties du corps, lubrica convolvit terga, sublato pectore arduus, linguis micat ore trisulcis. Virgile remplit et achève le tableau par l'énumération et l'action des guerriers à la tête desquels paraît Pyrrhus, unà ingens Periphas..., ipse inter primos... 1° Pyrrhus fait une large ouverture à la porte. — L'effet des coups sur laporte tout entière, limina perrumpit, postesque..., et sur la partie que le tranchant de la hache atteint, excisâ..., les efforts et la résistance que supposent la plupart des verbes et les épithètes œratos, dura, firma, l'action successive de la hache, excisâ trabe, cavavit, ingentem lato dedit ore fenestram, de sorte qu'après la dernière image, l'œil plonge dans le palais avec ce mot, apparet, tous ces détails forment un tableau aussi animé que régulier. Le poëte peint aussitôt l'impression produite sur les Grecs et sur les Troyens : d'abord sur les Grecs, dont la vue pénètre dans le vaste enfoncement des corridors et des appartements, pensée admirablement exprimée par la répétition, apparent, et par la mesure ou la place de la plupart des mots : ensuite sur les Troyens, quoique le genre d'expression et l'harmonie des premiers vers semblent faire entendre les sons lugubres et l'horrible prolongement du tumulte et des gémissements, l'effroi des femmes, tum pavidœ..., offre une image encore plus vive et plus touchante : quel sentiment n'y ajoute pas oscula figunt ! 2° Pyrrhus enfonce et renverse la porte. —Instat vi patriâ est pour un Troyen une expression aussi terrible que précise de la

Lubrica convolvit sublato pectore terga
Arduus ad solem, et linguis micat ore trisulcis.
Unà ingens Periphas, et equorum agitator Achillis
Armiger Automedon, unà omnis Scyria pubes
Succedunt tecto, et flammas ad culmina jactant.
Ipse inter primos correptà dura bipenni
Limina perrumpit, postesque a cardine vellit
AEratos : jamque, excisà trabe, firma cavavit I
Robora, et ingentem lato dedit ore fenestram.
Apparet domus intus, et atria longa patescunt ;
Apparent Priami et veterum penetralia regum,
Armatosque vident stantes in limine primo.
At domus interior gemitu miseroque tumultu
Miscetur, penitusque cavae plangoribus aedes
Femineis ululant; ferit aurea sidera clamor.
Tum pavidae tectis matres ingentibus errant,
Amplexaeque tenent postes, atque oscula figunt.
Instat vi patrià Pyrrhus ; nec claustra, nec ipsi
Custodes sufferre valent : labat ariete crebro

force et de la fureur du fils d'Achille. Déjà la porte chancelle, labat, sous les coups exprimés par une image gigantesque, ariete crebro; elle sort de ses gonds, elle tombe, emoti..., procumbunt. A l'instant même, fit via vi peint l'impétuosité de la foule dont le poids rompt la barrière des guerriers, qu'ensuite elle égorge, rumpunt aditus, primosque trucidant : on voit enfin la rapidité de l'entière occupation du palais, et latè loca milite complent. La comparaison amenée par ce tour si vif, non sic, rappelle d'abord avec énergie et grandeur la résistance des Troyens, aggeribus ruptis..., oppositasque..., mais son effet principal est de remplacer le tableau de la fureur des Grecs, par une image de destruction, fertur in arva furens..., camposque per omnes cum stabulis armenta trahit. Car Virgile ne s'arrête pas à peindre les horreurs d'une place prise d'assaut, où l'on égorge tout ce qui n'est pas réservé pour l'esclavage. Devant l'infortune de Priam et de sa famille, peut-on s'occuper d'une autre infortune ? Il porte uniquement la pensée et l'imagination sur le monarque, son épouse et ses enfants, vidi Hecubam, centumque nurus... Quelle image odieuse de la mort du vieux roi, per aras sanguine fœdantem quos ipse sacraverat ignes ! Les fils de Priam et sa postérité sont comme enveloppés dans la ruine et sous la chute du palais, quinquaginta thalami, spes tanta nepotum, postes auro... superbi, procubuére.

Chaque partie de ce tableau pourrait être le sujet d'un récit touchant et poétique; mais alors les infortunes de Priam et de sa famille sembleraient devenir le but de l'action. Virgile se contente de raconter le fait le plus important, la mort du monarque, et son récit est si bien combiné, que nous y retrouvons Hécube, ses filles, et la mort d'un fils de Priam. D'ailleurs ce vers, forsitan et Priami fuerint quœ fata requiras, détache cet événement de l'action principale, et annonce qu'il n'y est placé que pour satis

Janua, et emoti procumbunt cardine postes.
Fit via vi, rumpunt aditus primosque trucidant
Immissi Danai, et latè loca milite complent.
Non sic, aggeribus ruptis quum spumeus amnis
Exiit, oppositasque evicit gurgite moles,
Fertur in arva furens cumulo, camposque per omnes
Cum stabulis armenta trahit. Vidi ipse furentem
Caede Neoptolemum, geminosque in limine Atridas ;
Vidi Hecubam, centumque nurus, Priamumque per aras
Sanguine fœdantem, quos ipse sacraverat, ignes.
Quinquaginta illi thalami, spes tanta nepotum,
Barbarico postes auro spoliisque superbi
Procubuère : tenent Danai quà deficit ignis.
Forsitan et Priami fuerint quae fata requiras.

faire en passant la curiosité de Didon et du lecteur : ce n'est qu'un épisode. Les principaux détails de la catastrophe présentés relativement à Priam, urbis ubi captœ..., convulsaque vidit..., nous conduisent au noble désespoir du vieux roi : il mourra les armes à la main. L'expression accumulée de son âge et de sa faiblesse fait ressortir sa résolution et son courage, senior, diù desueta, trementibus œvo, nequidquàm, inutile.— Pour comble d'horreur et de pitié, le vieux monarque sera égorgé aux pieds de ses dieux domestiques, sous les yeux de sa femme et de ses filles. Au milieu de la cour qu'il doit traverser, dans un lieu que du haut du palais Énée peut apercevoir, nudo sub œtheris axe, le poëte nous montre l'autel, ingens ara fuit : l'image du laurier complète le tableau, incumbens arae, atque umbrâ complexa Penates. Hécube et ses filles y sont venues chercher un asile; rien de plus touchant que leur situation et leur effroi, dont la comparaison offre en peu de mots l'image attendrissante, prœcipites, atrâ tempestate, columbœ, condensae, enfin Divûm amplexœ simulacra. La vue de son épouse et de ses filles, l'effroi d'Hécube et son désespoir, dont l'expression est encore animée par ce trait maternel, non, si ipse meus nunc afforet Hector, la perspective, la consolation offerte dans ces derniers mots, aut moriere simul, c'en est assez pour arrêter le vieillard : vous voyez même Hécube joindre l'action aux paroles, recepit ad sese, et sacrâ longœvum in sede locavit. —Virgile a tout disposé : Priam est armé; nous le voyons aux pieds d'un autel avec son épouse et ses filles. Maintenant Pyrrhus va paraître,

Urbis ubi captae casum, convulsaque vidit
Limina tectorum, et medium in penetralibus hostem,
Arma diu senior desueta trementibus aevo
Circumdat nequidquàm humeris, et inutile ferrum
Cingitur, ac densos fertur moriturus in hostes.
AEdibus in mediis, nudoque sub aetheris axe,
Ingens ara fuit, juxtàque veterrima laurus
Incumbens arae, atque umbrà complexa Penates,
Hic Hecuba et natae nequidquam altaria circum,
Praecipites atrà ceu tempestate columbae,
Condensae, et Divûm amplexae simulacra, sedebant,
Ipsum autem sumptis Priamum juvenilibus armis
Ut vidit : « Quae mens tam dira, miserrime conjux,
Impulit his cingi telis ? aut quò ruis ? inquit.
Non tali auxilio nec defensoribus istis
Tempus eget; non, si ipse meus nunc afforet Hector,
Huc tandem concede : haec ara tuebitur omnes,
Aut moriere simul. » Sic ore effata, recepit
Ad sese et sacrà longaevum in sede locavit.

Le poète arrête assez longtemps nos regards sur le fait qui excite la fureur de Priam, en peignant la fuite de Polite blessé, per tela, per hostes, porticibus longis..., saucius, ensuite la poursuite et l'acharnement de son ennemi, illum ardens..., et premit hastâ, enfin cette circonstance de la mort du jeune prince, ante oculos... et ora parentum... Quels transports plus naturels et plus touchants que ceux de l'indignation paternelle ! Priam commence par des imprécations, dernière ressource de la fureur. Ces mots vagues, talibus ausis, talia, et cette ironie, grates dignas, prœmia debita, font sentir qu'il ne peut trouver d'expression assez forte pour le crime et pour le châtiment. Exprimée d'abord simplement, l'atrocité du fait, nati coram me cernere lethum fecisti, est aussitôt retracée avec plus d'horreur, patrios fœdâsti funere vultus. La conséquence de cette fureur, l'outrage le plus sanglant pour Pyrrhus, satum quo te mentiris, Achilles, et le parallèle prolongé entre la conduite d'Achille et l'action de celui qui se dit son fils, voilà le trait qui blesse le cœur du héros, et va rendre sa vengeance vraisemblable. Enfin, dans son transport, Priam veut tuer Pyrrhus. La faiblesse du coup se peint dans chacun de ces mots, senior, imbelle, sine ictu, et par l'image du javelot tenant à peine à la surface du bouclier, summo, nequidquam pependit. Remarquez les consonnances , rauco quod, œre repulsum. — La cruelle ironie du discours de Pyrrhus fait sentir l'outrage qui l'a profondément blessé : après Pelidœ on l'entend appuyer sur genitori :

Ecce autem elapsus Pyrrhi de caede Polites,
Unus natorum Priami, per tela, per hostes
Porticibus longis fugit, et vacua atria lustrat
Saucius : illum ardens infesto vulnere Pyrrhus
Insequitur, jam jamque manu tenet, et premit hastâ.
Ut tandem ante oculos evasit et ora parentum,
Concidit, ac multo vitam cum sanguine fudit.
Hic Priamus, quamquam in medià jam morte tenetur,
Non tamen abstinuit, nec voci iraeque pepercit ;
« At tibi pro scelere, exclamat, pro talibus ausis,
Di (si qua est cœlo pietas quae talia curet)
Persolvant grates dignas et praemia reddant
Debita, qui nati coram me cernere lethum
Fecisti, et patrios fœdâsti funere vultus !
At non ille, satum quo te mentiris, Achilles
Talis in hoste fuit Priamo; sed jura fidemque
Supplicis erubuit, corpusque exsangue sepulcro
Reddidit Hectoreum, meque in mea regna remisit. »
Sic fatus senior, telumque imbelle sinè ictu
Conjecit, rauco quod protinus aere repulsum,
Et summo clypei nequidquam umbone pependit.
Cui Pyrrhus : « Referes ergo haec, et nuntius ibis

en annonçant la mort à Priam, chaque partie de l'expression lui rappelle que Pyrrhus est bien le fils d'Achille. Plus de mots nuiraient à la vraisemblance de l'action. Les détails suivants inspirent l'horreur et la pitié, altaria ad ipsa traxit trementem, in multo lapsantem sanguine nati : observez enfin, dans la description du meurtre, l'image de la faiblesse du vieillard, et la honte du héros qui l'immole, implicuitque comam laevâ... En terminant le récit, il est naturel que la pensée s'arrête quelque temps sur cette grande infortune, hœc finis Priami fatorum... Nos regards se promènent douloureusement avec ceux d'Énée sur la ruine de l'empire et du monarque. Après les idées de puissance et de majesté, exprimées avec tant d'énergie et de grandeur, tot quondam populis terrisque superbum regnatorem Asiae, nous sentons encore mieux les idées que retracent le premier mot, jacet, les images suivantes, ingens... truncus, avulsum caput, et surtout la dernière, sine nomine corpus : voilà le monarque de l'Asie ! La prise de la ville et celle du palais vont avoir pour complément le tableau le plus vaste et le plus sublime, celui des dieux renversant Troie. Voyons d'abord comment Virgile l'amène. — La position d'Énée sur le faîte du palais lui permet de tout voir et d'embrasser de ses regards la ville entière. C'était aussi pour le poëte un moyen de l'éloigner de Pyrrhus et d'éviter un combat, qui n'aurait pu se terminer que par la honte ou la mort de l'un des deux héros. Mais la gloire d'Énée ne souffre-t-elle pas de son inaction? Dès que Pyrrhus attaque la porte du palais, ne semble-t-il pas qu'il devrait se précipiter au lieu du plus grand danger ? Et que dirons-nous, lorsqu'à la vue de Pyrrhus égorgeant Priam, le héros, furieux jusqu'alors, reste sans force et sans mouvement, at me tùm primùm..., obstupui ? Il est vrai que d'abord un senti

Pelidae genitori : illi mea tristia facta,
Degeneremque Neoptolemum narrare memento.
Nunc morere. » Haec dicens, altaria ad ipsa trementem
Traxit et in multo lapsantem sanguine nati,
Implicuitque comam laevâ, dextrâque coruscum
Extulit ac lateri capulo tenus abdidit ensem.
Haec finis Priami fatorum ; hic exitus illum
Sorte tulit, Trojam incensam et prolapsa videntem
Pergama, tot quondam populis terrisque superbum
Regnatorem Asiae. Jacet ingens littore trumeus,
Avulsumque humeris caput, et sinè nomine corpus.
At me tum primùm saevus circumstetit horroi ;
Obstupui : suliit cari genitoris imago,

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