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TRADUITE

PAR JACQUES DELILLE.

TOME SECOND.

1

A PARIS,
CHEZ GIGUET ET MICHAUD, IMP.-LIBRAIRES :

RUE DES BONS - ENFANS ,

No. 6. .

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LIVRE SIXIÈME.

Il dit, rend leur essor aux ailes des vaisseaux;
Et Cume, enfant d'Eubée, a reçu le héros.
L'ancre à la dent mordante en tombant les captive,
Leur bec regarde l'onde, et leur poupe la rive.
Soudain, avec transport mille jeunes Troyens
Touchent d'un saut léger aux bords Ausoniens.
Leurs soins sont partagés : du roc qui le récèle,
L'un d'un feu pétillant fait jaillir l'étincelle;
L'autre parcourt des bois ou des fleuves nouveaux,
Va, d'un oeil curieux, reconnoître les eaux,
Cependant le héros, plein d'espoir et de crainte,
Du temple d'Apollon va visiter l'enceinte,
Et l'antre prophétique, où, brûlant de son feu,
La prêtresse en fureur se débat sous son Dieu,
Et cache sa présence au vulgaire profane.
Ils découvrent déjà la forêt de Diane,
Et son temple dont l'or relève la beauté.
Dédale, de Minos fuyant la cruauté,
Osa, se confiant à ses rapides ailes,
Tenter un vol hardi dans des routes nouvelles,

Et, vainqueur fortuné des vents glacés du Nord,
Sur les remparts de Cume abattit son essor.
Sitôt que l'a recu la plage hospitalière,
Il t'élève un beau temple, ô Dieu de la lumière!
Et t'offre, heureux nocher d'une nouvelle mer,
L'aile dont il vogua dans l'océan de l'air.
Sur les portes, sa main peint la mort d'Androgée
Sur les fils de Cécrops cruellement vengée,
Le barbare tribut de leurs jeunes enfans,
Et cette urne où le sort les choisit tous les ans.
De la Crète, plus loin, les campagnes fécondes,
Et les remparts de Cnos s'élèvent sur les ondes.
Ailleurs, on voit l’Amour qui mène en rougissant
A la reine de Crète un époux mugissant,
Et leur étrange hymen, que la nature abhorre,
Et leur fils monstrueux, l'horrible Minotaure,
Ici du labyrinthe habilement tissu,
Il trace adroitement le piège inapperçu :
On le voit d'Ariane écoutant la tendresse,
Lui-même en révéler l'insidieuse adresse;
Et, débrouillant l'erreur de ses mille chemins,
Du fil libérateur armer ses jeunes mains.
Et toi qu'il pleure encore, ô jeune téméraire !
Si l'artiste n'étoit trop distrait par le père,
Toi-même il t'eût placé dans ce vaste tableau.
Deux fois repris en vain, son impuissant ciseau

Veut tracer de son fils l'aventure cruelle, Et deux fois il échappe à la main paternelle. Long-temps sur ces objets, ces merveilles de l'art, Le héros laisse errer un avide regard. Achate enfin arrive, avec lui la prêtresse; Au Troyen, en ces mots, la Sibylle s'adresse : « Le temps presse, Troyens, laissons-la ces tableaux; » Quatre jeunes brebis, quatre jeunes taureaux » Doivent à ces autels tomber en sacrifice. » Elle dit: ces présens rendent le ciel propice; Et la prêtresse au temple appelle les Troyens. Un antre fut taillé dans les rocs Eubéens,. Où cent larges chemins, où cent portes conduisent : De-là, les saints trépieds par cent voix nous instruisent. Ils avancent; soudain, pleine d'un saint transport : « Il est temps, il est temps d'interroger le sort, » Le Dieu vient, le Dieu vient; il m'agite, il me presse : » O Troyens, écoutez la voix de sa prêtresse! » C'est lui-même, c'est lui, je le sens, je le vois : » Devant la porte auguste ainsi tonne sa voix! » Mais à son Dieu, déjà tous ses sens s'abandonnent, Ses cheveux, son regard, ses traits se désordonnent, Son sein bat et se gonfle, et mugit de fureur; Mais , lorsque de plus près le Dieu parle à son cæur, Alors son air, sa voix n'ont rien d'une mortelle: « Hâte-toi, fils des dieux! qu'attends-tu donc, dit-elle ?

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